Vos passages piétons sont-ils sans danger pour les personnes handicapées ?

A quoi pensez-vous lorsque vous traversez la rue ? Vous regardez à gauche, à droite. Vous vérifiez que le bonhomme est vert puis vous vous engagez, souvent sans difficulté. Mais qu’en est-il des personnes handicapées ?

La sécurité des passages piétons est une condition sine qua non à la mobilité des personnes handicapées. Voilà pourquoi la réglementation accessibilité prévoit de nombreuses dispositions à prendre en compte dans vos aménagements de voirie. Emplacement des traversées piétonnes, hauteur et largeur des trottoirs, bandes d’éveil de vigilance, contraste visuel, feux sonores…, nous vous les détaillons dans cet article !

Pourquoi la sécurité des piétons est-elle importante ?

Nous sommes tous des piétons.

Pratiquement chaque voyage commence et se termine par de la marche, même si vous utilisez les transports en commun ou votre voiture.

Se déplacer en toute sécurité est un droit fondamental et inaliénable inscrit dans l’article 3 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. C’est une condition essentielle pour la participation sociale de chacun. Le sentiment d’insécurité pousse les plus vulnérables à rester chez eux. Cela concerne les enfants, les personnes âgées et plus généralement toutes les personnes handicapées ou à mobilité réduite.

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, plus de 270 000 piétons sont tués chaque année sur les routes. Les piétons constituent 22% de l’ensemble des décès sur les routes. De plus, des milliers de personnes deviennent handicapées à vie chaque année à cause de blessures graves causées par des accidents de la route alors qu’elles marchaient sur la voie publique.

Du fait de leurs conséquences sociales, psychologiques et physiques, les décès et les blessures chez les piétons génèrent des coûts pour la société. Il est difficile d’estimer avec précision l’impact économique des accidents de la route causés aux piétons, mais ils sont évalués entre 1 et 2% du produit national brut selon l’Organisation Mondiale de la Santé.

Cependant, les accidents de la route ne doivent pas être considérés comme inévitables car ils sont prévisibles. Dans le monde entier, des dizaines de grandes villes se sont engagées dans le mouvement Vision Zéro avec un objectif fort : éliminer tous les accidents prévisibles sur les routes.

Sécuriser vos passages piétons pour les personnes handicapées : que dit la loi ?

sécurité piéton-handicap-passage piéton-règlementation

Traverser la rue en sécurité est encore plus difficile pour les personnes handicapées notamment pour les personnes à mobilité réduite et les personnes aveugles et malvoyantes. L’arrêté du 15 janvier 2007 de la Réglementation Voirie (modifié en 2012) prévoit l’accessibilité de la voirie pour tous les piétons.

Comment ?

  • En offrant des itinéraires continus et agréables,

  • En mettant en place des traversées courtes et sûres,

  • En faisant cohabiter tous les modes de déplacements,

  • En offrant des itinéraires facilement identifiables.

Mais concrètement que dit la loi ? Nous avons décrypté pour vous ce qu’il faut retenir.

Position du passage piéton

La traversée doit être positionnée perpendiculairement à la chaussée afin d’éviter tout problème d’orientation. Éviter l’aménagement des passages piétons dans les angles des carrefours.

Ressaut

La hauteur maximum du ressaut est de 2 cm pour les ressauts aux bords arrondis et de 4 cm si le ressaut est en pente. Cette hauteur est calculée pour être franchissable par une personne en fauteuil roulant tout en étant perceptible par une personne déficiente visuelle utilisant une canne blanche.

Abaissé du trottoir

La pente du trottoir doit permettre sans risque et sans gêne le passage normal d’un fauteuil roulant. Le passage abaissé a une largeur minimale de 1,20 m, une pente inférieure à 5% et le dévers ne doit pas excéder 2%.

Largeur du trottoir

La largeur du trottoir doit autant que possible permettre le croisement de 2 personnes. Le cheminement a une largeur minimale de 1,40 m libre de tout obstacle, qui peut être exceptionnellement réduite à 1,20 m. Au droit des passages piétons, il est important de ménager un espace horizontal d’au moins 80 cm entre la pente du trottoir et le cadre bâti.

Feux sonores

La loi stipule qu’un signal sonore doit être émis lorsque le feu piéton est vert et qu’un message audio débutant obligatoirement par “rouge piéton” doit être émis lorsque le feu piéton est rouge. L’article 7 de l’arrêté du 23 septembre 2015 complète cette réglementation et impose d’ajouter au message sonore la localisation géographique, soit le nom de la rue.

La mise en place de ce dispositif concerne tous les nouveaux carrefours et ceux faisant l’objet de travaux. Pour en savoir plus, nous avons déjà dédié un article à l’équipement des carrefours de feux sonores sur notre webzine.

Bande d’Éveil de Vigilance (BEV)

La Bande d’Éveil de Vigilance est un matériel normé (norme NFP 98-351-1) pour alerter et orienter les piétons déficients visuels.

Elle est obligatoire sur les abaissements de trottoir à 500 mm du bord du trottoir, distance dite du “pas de freinage”, permettant à une personne non-voyante de s’arrêter en toute sécurité avant de s’engager sur le passage piéton.

Les plots doivent être ronds, de 5 mm de diamètre, espacés de 75 mm et disposés en quinconce sur un fond antidérapant. La pose doit être faite par collage ou scellement pour éviter de faire obstacle et la hauteur ne doit pas dépasser 3mm. Concernant le contraste visuel avec le trottoir, si le sol est foncé les BEV doivent être claires et vice et versa.

Trous et fentes

Pour éviter tout désagrément les trous ou les fentes en amont et lors de la traversée (bouche d’égout, grilles d’arbres, etc.) doivent avoir un diamètre ou une largeur inférieure à 2 cm.

Contraste visuel

Le marquage réglementaire de l’arrêté du 16 février 1988 et l’article 113 de l’IISR, septième partie prévoir un contraste visuel de la traversée par des bandes blanches.

“Les passages pour piétons sont délimités par des bandes rectangulaires ou parallélépipédiques blanches parallèles à l’axe de la chaussée, d’une longueur minimale de 2,50 m en ville et d’une longueur de 4 à 6 mètres en rase campagne ou dans les traverses de petites agglomérations. La largeur de ces bandes est de 0,50 mètre et leur inter-distance de 0,50 mètre à 0,80 mètre.”  

Sécuriser vos passages piétons pour les usagers handicapés : bonnes pratiques

sécurité piéton aveugle mal-voyant

Au delà de la réglementation, une traversée sécuritaire pour les personnes handicapées prend aussi en compte d’autres paramètres. Voici un tour d’horizon des bonnes pratiques en matière de sécurité routière qui peuvent participer à l’amélioration de l’accessibilité de la voirie pour l’ensemble des usagers :

Potelets : L’installation de potelets a pour objectif de limiter l’intrusion des véhicules motorisés sur les trottoirs. S’ils limitent la nuisance du stationnement sauvage, ils demeurent tout de même des obstacles pour les personnes déficientes visuelles et celles se déplaçant en fauteuil roulant. Les potelets anti-stationnement doivent donc :

  • Etre suffisamment hauts pour être détectés à l’aide d’une canne d’aveugle (1,20 m pour 6 cm de diamètre) ,
  • Avoir un contraste visuel en leur sommet sur une bande d’au moins 10 cm, et
  • Ne pas empiéter sur l’abaissé de trottoir de manière à permettre le passage d’une poussette ou d’un fauteuil roulant.

Contrastes tactiles divers : lorsque la traversée est complexe, différents types de marquages au sol peuvent être implantés pour aider les personnes déficientes visuelles à s’orienter. Par exemple, il peut être utile de délimiter le passage piéton à l’aide de matériaux aux textures contrastées ou de surélever la traversée. Aussi une bande d’interception en continuité du passage piéton peut venir compléter la BEV pour avertir les piétons d’une traversée proche. Le guidage par bande au centre permet quant à lui de tracer un cheminement continu tout au long de la traversée.

Îlot refuge pour piétons : la mise en place d’un terre-plein central permet aux piétons d’effectuer leur traversée en deux temps en toute sécurité et empêche les véhicules de doubler.

Temps de traversée : pour les passages équipés de feux, le temps de traversée doit être suffisamment long pour permettre à tous les usagers, quel que soit  leur âge ou leur handicap, de traverser la rue en sécurité et à leur rythme.

Localisation de la traversée : les passages piétons doivent être installés en priorité aux abords de pôles générateurs de déplacements, là où la vitesse des véhicules est la plus modérée tout en vérifiant les usages.

Assurer la visibilité réciproque : lorsqu’ils sont peu visibles des automobilistes, les piétons sont plus vulnérables. Les avancées de trottoir, l’interdiction de stationnement et d’obstacles visuels sur la voirie comme les arrêts de bus favorisent la visibilité.

Réduire la vitesse : la vitesse des véhicules à moteur est un facteur de risque majeur pour la sécurité routière. Il a été prouvé que la réduction de la vitesse réduit le nombre de décès et de blessures chez les piétons. Les plates-formes surélevées, les rétrécissements de chaussée, les traitements optiques et les carrefours giratoires sont des mesures efficaces pour réduire la vitesse aux intersections. Cependant, il est important de conserver les indices sonores des véhicules pour les piétons malvoyants.

Séparer les voies cyclables : réserver la traversée des rues aux piétons exclusivement, de façon à empêcher les collisions avec les vélos et autres véhicules légers, tels que les trottinettes, les Segway, etc. Mieux vaut prévoir des traversées spécifiques à ces véhicules.

Limiter les virages à droite au feu rouge pour les voitures : bien que cette règle du code de la route améliore la circulation, elle entraîne aussi une augmentation des accidents de piétons et de cyclistes.

Pour conclure

Les traversées piétonnes sont particulièrement dangereuses car elles impliquent un grand nombre de conflits entre les piétons et les autres modes de transport. Les personnes handicapées sont plus vulnérables et un certain nombre d’aménagements dédiés sont nécessaires pour leur assurer une traversée en toute sécurité.

Investir dans la sécurité à l’échelle d’une ville, c’est mettre l’humain au coeur des priorités et construire une société dans laquelle chacun peut trouver sa place, quel que soit son handicap ou son âge. Construisons ensemble la ville inclusive de demain !

Publié le 17 juin 2019

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