Podcast Série noire pour une canne blanche

Présentation générale de la chaîne

Série noire pour une canne blanche, le podcast qui vous ouvre les yeux sur le handicap visuel.

Une série de podcasts présentée par Lise Wagner, experte en accessibilité chez OKEENEA.

Tous les mois, Lise vous invite à la suivre dans ses aventures. Découvrez au travers de ses récits poignants les défis quotidiens qu’affrontent les personnes qui, comme elle, voient le monde avec leurs mains et leurs oreilles. Elle vous emmènera dans la rue, les transports, les magasins, les hôtels et bien d’autres endroits dont vous n’avez même pas idée. Au programme: frisson, émotion, révolte parfois, mais toujours teintés d’un zeste d’humour.

Comme Lise est une éternelle optimiste, elle ne termine jamais un épisode sans vous prodiguer quelques conseils pour que, vous, à votre niveau, vous puissiez alléger son quotidien et celui de ses compagnons d’infortune. Accessibilité, accueil, comportement, découvrez tout ce que vous devez savoir pour faciliter la vie des personnes aveugles ou malvoyantes, 1,7 million de Français tout de même ! 

Affiche du podcast Série noire pour une canne blanche par Lise Wagner

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Série noire pour une canne blanche est un podcast proposé par OKEENEA, acteur majeur de l’accessibilité aux personnes handicapées. 

Une question sur le handicap ou l’accessibilité ? Retrouvez Lise et tous nos experts sur notre webzine.

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Episode 6 | Les envahisseurs des trottoirs

Transcription Episode 6 | Les envahisseurs des trottoirs

Bonjour à toutes et à tous, je suis Lise Wagner et je vous accueille dans ma « Série noire pour une canne blanche. » 

« Série noire pour une canne blanche », c’est le podcast qui vous fait découvrir les défis qu’affrontent quotidiennement les personnes qui comme moi voient le monde avec leurs mains et leurs oreilles.

Pour ce sixième épisode, je vais vous parler d’une terrifiante invasion, l’invasion des trottoirs de nos villes. 

Contrairement à ce que pensent les gens en général, les plus grandes difficultés que je rencontre quand je me déplace seule avec ma canne blanche, ce n’est pas de traverser la rue en sécurité ou de franchir un escalier. Alors non, je ne dis pas que c’est simple, mais il se trouve que j’ai des techniques et des outils qui me permettent d’affronter ces situations avec une relative sérénité. En revanche, je rencontre deux problèmes majeurs dans mes déplacements, c’est d’une part la traversée des grands espaces (souvenez-vous, j’en ai déjà parlé dans un épisode précédent sur les places publiques) et d’autre part l’encombrement des trottoirs.

J’ai parfois l’impression, et je sais que beaucoup d’autres la partagent, que les trottoirs ne sont pas faits pour permettre aux piétons de cheminer en sécurité mais au contraire pour déposer tout ce qu’on ne sait pas où mettre ailleurs. 

Vous qui marchez en toute insouciance, parfois le nez sur votre téléphone et/ou les écouteurs dans les oreilles, vous n’imaginez pas toute la concentration qu’il faut pour éviter les obstacles sans pouvoir les anticiper à plus d’un mètre. Poteaux, poubelles, panneaux publicitaires, terrasses de cafés, jardinières…, quand ce n’est pas des vélos, des trottinettes… Certes, tous ces objets ont une utilité mais pourquoi finissent-ils tous invariablement sur les trottoirs ? Pourquoi n’ont-ils pas aussi un espace dédié comme les places de stationnement pour les voitures ? 

L’obstacle qui nous pourrit particulièrement la vie, à moi et mes compagnons d’infortune, ce sont les potelets anti-stationnement, vous savez, ces petits poteaux voués à empêcher l’intrusion des voitures sur les trottoirs. Alors oui, ça empêche les trottoirs de se voir transformés en parkings, mais le gros inconvénient, c’est que ce sont des obstacles difficilement détectables Et particulièrement blessants. En effet, pour que ce mobilier urbain ne soit pas dégradé, il est constitué d’une fonte bien solide qui, croyez-moi, laisse des marques irréparables sur les genoux.

Combien de fois, alors que j’ai évité de justesse un poteau détecté au dernier moment du bout de ma canne, je me suis violemment heurtée à une poubelle, un panneau ou une trottinette.

Ah, parlons-en des trottinettes… Je me souviens encore, il y a quelques années, je vivais dans une parfaite ignorance de ces nouveaux engins qui allaient devenir des envahisseurs. C’était un beau soir de septembre. Il faisait encore doux et nous étions attablés à une terrasse avec des amis autour d’une bonne bière et de quelques tapas. Et alors une de mes amies me lance : « dis-moi, c’est pas trop galère pour toi toutes ces nouvelles trottinettes ? » A vrai dire, quand elle m’en a parlé, je ne les avais pas encore rencontrées. Mais cette première rencontre n’a pas tellement tardé. Elle est arrivée au moment où je m’y attendais le moins. Je me rendais à une soirée et alors que je traversais la rue, guidée par le feu sonore que j’avais déclenché avec ma télécommande, je traverse et de l’autre côté de la rue, non pas une, non pas deux, mais au moins trois trottinettes affalées sur la bande podotactile. 

Il faut dire qu’au début de l’invasion de ces trottinettes, rien n’était réglementé. Aucune contrepartie n’était demandée aux opérateurs privés qui mettaient à disposition ces engins de malheur. Aujourd’hui heureusement, la situation s’est un peu améliorée. Les trottinettes, il y en a moins. Mais il y en a quand même, et même quand elles sont bien rangées contre le mur, je ne compte plus le nombre de fois où j’ai dû m’arrêter, heurtée par un guidon en pleine poitrine. 

J’avoue que ces envahisseurs d’un nouveau genre ont encore augmenté le stress des personnes déficientes visuelles lors de leurs déplacements en ville. Il n’est pas rare de se sentir frôlé par un engin lancé à vive allure. Et, en l’absence de la vue, il est toujours difficile d’évaluer la distance et le danger. Avec tous les obstacles qu’il y a sur les trottoirs, vous imaginez bien que les personnes qui, comme moi, doivent se débrouiller sans la vue ont souvent les jambes couvertes de bleus. 

J’ai des amis malvoyants qui sont récemment revenus d’un voyage à Copenhague et qui m’ont fait part d’une initiative que je trouve intéressante. Sur le trottoir, il y a une bande libre de tout obstacle qui est délimitée par deux petites bandes de pavés que l’on peut sentir au toucher, sous le pied ou à la canne, et sur laquelle il n’y a absolument aucun obstacle. D’autant plus que, bien évidemment, les Danois sont beaucoup plus disciplinés que les Français. Je me prends à rêver que des initiatives similaires arrivent en France, mais je crois que je vais pouvoir attendre longtemps.

Alors, à vous utilisateurs de vélo ou de trottinette, je vais vous l’avouer, je suis quand même un peu jalouse de vous voir parcourir la même distance en au moins cinq fois moins de temps qu’il me faut à moi pour le faire à pied. Moi pour qui le temps est si précieux puisque, quand on ne voit pas, tout prend plus de temps. En attendant qu’on trouve un moyen que toutes les personnes handicapées puissent se déplacer aussi rapidement que les valides, s’il vous plaît, roulez loin des piétons et garez vos bolides en dehors des trottoirs. Et si vous êtes impliqué d’une quelconque manière dans l’aménagement urbain, pensez à aménager des bandes libres de tout obstacle sur les trottoirs, de manière à ce qu’on puisse circuler librement, sans crainte de rencontrer un poteau. 

J’espère que cet épisode vous a plu. Le mois prochain, puisque nous serons en automne, je vous parlerai des désagréments insoupçonnés de cette saison pour les personnes aveugles ou malvoyantes.

Vous venez d’écouter « Série noire pour une canne blanche », un podcast proposé par OKEENEA. Vous pouvez retrouver tous les épisodes de la série sur le webzine OKEENEA webzine.okeenea.com et toutes les bonnes plateformes de podcast.

Si cet épisode vous a plu, n’hésitez pas à le partager largement avec votre entourage.

Quant à moi, je vous retrouve très bientôt pour un nouvel épisode de mes aventures. Pensez à vous abonner pour être sûr de ne pas le rater. D’ici là, vous pouvez reprendre une activité normale. Portez-vous bien !

Episode 5 | « Stupeur et tremblements » à l’aéroport

Transcription Episode 5 | « Stupeur et tremblements » à l’aéroport

Bonjour à toutes et à tous, je suis Lise Wagner et je vous accueille dans ma « série noire pour une canne blanche. » 

« Série noire pour une canne blanche, » c’est le podcast qui vous fait découvrir les défis qu’affrontent quotidiennement les personnes qui comme moi voient le monde avec leurs mains et leurs oreilles.

Aujourd’hui, pour ce cinquième épisode, je vous invite à embarquer avec moi dans les galères des aéroports.

Je ne connais personne qui ne ressent aucune appréhension à l’idée d’un voyage en avion. L’excitation du voyage, l’attente à l’aéroport, la peur d’avoir oublié un document important ou d’avoir laissé une coupable paire de ciseaux dans son sac à main, la foule anxieuse, les douaniers austère, prendre l’avion est souvent une épreuve. Mais quand on a un handicap, contrairement à ce que l’on pourrait penser, c’est presque plus simple que de prendre le bus grâce aux services d’assistance présents dans les aéroports. A condition cependant que le personnel d’assistance soit humain et compétent, ce qui malheureusement n’est pas toujours le cas. Je vous propose d’embarquer avec moi, vous allez voir qu’il faut bien souvent serrer les dents.

Tout d’abord, sachez que, quel que soit votre handicap, le fauteuil roulant est obligatoire. Et ceci même si vous êtes acrobate ou marathonien. On pourrait penser que le personnel des aéroports est formé à reconnaître les différents handicaps et à s’adapter aux besoins spécifiques de chacun. Mais il n’en est rien. Dans beaucoup d’aéroports, même encore aujourd’hui, vous avez demandé un accompagnement, on vient vous chercher en fauteuil roulant.

Ça m’est arrivé au Maroc, en Espagne, en Allemagne, en Irlande, en Pologne et tout récemment encore au Canada. Alors non seulement on vient vous chercher avec un fauteuil roulant alors que vous n’en avez pas fait la demande, mais en plus, il arrive qu’on vous oblige à vous asseoir dedans. Alors peut-être que vous vous dites : « oui, c’est certainement plus simple de s’asseoir dans un fauteuil roulant que de traverser à pied l’immensité des aéroports. » Moi, le fait de devoir m’asseoir dans un fauteuil roulant, ça me donne l’impression de devoir renoncer à toutes mes capacités motrices auxquelles je tiens tant. A chaque fois que ça m’est arrivé, il a fallu que j’argumente, que je mette en avant mes exploits sportifs pour avoir le droit d’être simplement guidée sur mes deux jambes. Les agents de l’assistance aéroport prétextent souvent que c’est plus facile pour eux de nous emmener en fauteuil roulant. Mais où est le choix du client ? Propose-t-on à une personne qui ne peut pas marcher de lui bander les yeux pour qu’elle ne voit pas comment on la traite ?

J’ai déjà entendu plusieurs personnes déficientes visuelles dire que ça ne les dérangeait absolument pas d’être poussées dans un fauteuil roulant. Mais moi, ça m’est absolument insupportable. D’autant plus que j’aime marcher et j’aime particulièrement me dégourdir les jambes quand j’ai passé huit heures assise pliée dans un avion.

Alors, même si ça part d’une bonne intention, non merci, je préfère largement marcher. 

Une autre chose qui me fait sortir de mes gonds, c’est la manière dont on nous appelle, nous, les personnes handicapées. Par commodité, les services d’assistance des aéroports utilisent des codes pour désigner les personnes selon leurs besoins spécifiques. Ce sont des codes avec des lettres, pour désigner par exemple une personne aveugle qui a besoin d’accompagnement, une personne à mobilité réduite qui marche, une personne à mobilité réduite qui se déplace en fauteuil roulant, etc. Chaque besoin spécifique a son code. Mais ce qui est fort, c’est que les employés de l’assistance n’ont absolument aucun scrupule à utiliser ce langage déshumanisant devant les clients qu’ils accompagnent : un Blind, une chaise… Là encore, c’est peut-être un peu d’orgueil mal placé de ma part, mais j’ai quand même du mal à accepter d’être traitée comme un colis. 

J’ai le souvenir particulièrement d’un voyage Lyon Francfort, un voyage somme toute assez banal, que beaucoup de gens d’affaires font régulièrement. Moi c’était pour me rendre au plus grand salon européen sur la déficience visuelle, le salon SightCity. J’avais pris pour me rendre à l’aéroport la navette Rhône-Express, qui part de la gare Part-Dieu pour amener à l’aéroport Saint-Exupéry.

Une fois installée dans la navette, j’ai demandé au chef de bord de prévenir l’assistance de mon arrivée. L’assistance que j’avais bien sûr réservée au préalable puisque c’est une obligation de devoir la réserver bien à l’avance, généralement en même temps qu’on réserve son billet d’avion. J’arrive sur le quai, personne. Ce jour-là, il faisait vraiment froid. Personne, au bout d’une demi-heure, toujours personne. Au bout de plus d’une demi-heure, un homme arrive. Pas un bonjour, pas un mot de présentation. Il m’attrape par le bras et il me dit : « on y va. » Je soupçonne quand même qu’il s’agit d’un agent de l’assistance et comme je ne veux pas me mettre davantage en retard, je le suis sans protester.

Et là, je l’entends annoncer dans sa radio : « c’est bon, j’ai récupéré la Blind. » Super, je suis donc une Blind. A mi-chemin, sans doute parce qu’il était appelé ailleurs, il passe le relais à l’une de ses collègues. Je me retrouve passée de bras en bras, vraiment comme si j’étais un ballot de linge ou une simple valise. 

Du fait que j’ai attendu longtemps à mon arrivée, nous arrivons en retard à l’embarquement. Et, alors que normalement les passagers en situation de handicap sont embarqués avant les autres, là, l’embarquement a déjà largement commencé. Mon accompagnatrice, toujours aussi peu aimable, me fait courir jusqu’à la porte de l’avion et me jette comme un paquet au steward qui faisait l’accueil des passagers. 

Alors que le steward m’aide à m’installer, je lui demande où est ma valise. Il me répond que ma valise n’est pas là et qu’elle a dû partir en soute. Ce qui est absolument impossible puisque je l’avais au moment du contrôle. Et, entre nous, si je me suis cassé la tête à tout faire rentrer dans une toute petite valise, c’est certainement pas pour qu’elle parte en soute. Alors le steward rappelle de justesse mon accompagnatrice. Elle fait le chemin inverse et elle revient quelques minutes après avec ma valise qu’elle avait tout simplement abandonnée auprès de la porte d’embarquement. Alors, non seulement elle me traite comme un colis, mais en plus, elle oublie mon bagage. 

Toujours sur ce même vol Lyon-Francfort, 2 ans plus tard, j’ai encore eu une belle mésaventure. Cette fois tout avait pourtant très bien commencé. Il y avait bien quelqu’un qui m’attendait à la descente de la navette de l’aéroport. Pas exagérément poli, vous vous en doutez, mais je m’en accommode. Nous passons le comptoir d’enregistrement, le contrôle. Mon accompagnateur m’amène jusqu’à la salle d’embarquement et comme nous sommes en avance, cette fois, il me laisse attendre et il me dit qu’il reviendra au moment de l’embarquement. L’emplacement me semble un petit peu isolé mais comme toutes mes formalités sont en règle et que je sais que je suis enregistrée comme une personne handicapée nécessitant l’assistance, je suis parfaitement sereine.

Mais l’heure tourne et personne ne se manifeste. Comme j’ai déjà été dans ce genre de situation, j’imagine que mon vol doit avoir du retard. Je me rassure en me disant que, de toute manière, je suis enregistrée, que les passagers handicapés bénéficient d’une attention particulière et qu’on ne va pas me laisser ici. Malgré tous les arguments que je me répète dans ma tête, l’angoisse commence à monter. Je me lève de mon siège et je commence à demander à la cantonade : « s’il vous plaît, s’il vous plaît, y’a quelqu’un ? » Mais personne ne réagit. Finalement je pense à mon téléphone dans lequel j’ai pris la précaution d’enregistrer le numéro de téléphone de l’assistance. Là, je tombe sur une voix féminine un petit peu fatiguée, du genre « pas très envie de travailler. » J’explique la situation et là, j’apprends à mon grand désespoir que personne n’est en route pour venir me chercher… J’ai bien fait d’appeler, elle m’envoie quelqu’un immédiatement.

Mais lorsque l’employé arrive enfin, tout penaud, l’embarquement est terminé et l’avion est parti. Il a beau être super adorable, j’explose. Et moi qui pensais que dans un aéroport tout était ultra sécurisé. Moi qui pensais que les passagers manquants étaient systématiquement appelés au micro. Moi qui pensais que l’assistance aux personnes handicapées prenait soin des personnes dont elle avait la charge. Et ce que j’apprends n’a rien pour m’apaiser : le prochain vol décolle quatre heures plus tard… Et quand je demande des explications sur ce qui vient de se passer, comment on a pu m’oublier, on me répond qu’on m’avait confondue avec une autre personne en fauteuil roulant qui n’avait pas demandé l’assistance et qui s’est présentée à l’embarquement. Vous voyez le rapport ? Moi j’avoue que toujours pas, même des années après.

Aujourd’hui, j’aimerais me convaincre que les choses ont changé. Malheureusement je lis régulièrement des témoignages de personnes handicapées maltraitées dans les aéroports. Par exemple, une amie non-voyante que le personnel d’assistance a fait attendre plus d’une heure sur le quai d’arrivée de la navette Rhône-Express et lui a fait manquer son vol pour Istanbul. Ou encore le président de la commission accessibilité de la CFPSAA, qui rassemble les associations de personnes déficientes visuelles sur le plan national, qui a été tout récemment oublié dans un avion pendant plus de 45 minutes alors que tous les passagers étaient sortis.

Sans compter le refus de vendre un billet d’avion à un couple de non-voyants accompagnés de leur petite fille de 2 ans. Ou encore le refus d’embarquement d’une personne en fauteuil roulant malgré toutes les précautions qu’elle avait prises pour réserver un siège sur lequel elle avait suffisamment d’espace. Bref, vous l’aurez compris, l’accès au voyage aérien pour les personnes handicapées est encore loin d’être totalement garanti.

J’aurais sans doute au moins autant d’anecdotes à raconter sur les voyages en train et le service d’assistance Accès Plus. Je pense que ça fera l’objet d’un prochain épisode. En attendant, je rêve d’un monde où les personnels d’assistance aux personnes handicapées seraient réellement valorisés, bien formés, bien payés, un monde où ils ne seraient pas eux-mêmes maltraités, ce qui les rend forcément maltraitants. 

Je connais les problématiques des services d’assistance : surcharge de demandes, difficultés de planification, turnover important… Mais justement, si ce métier était valorisé, nous n’en serions pas là. Je crois aussi beaucoup en la complémentarité de l’aide humaine avec les nouvelles technologies. Si j’avais été en mesure de rejoindre par moi-même la porte d’embarquement grâce à un système de navigation indoor, par exemple, je n’aurais certainement pas manqué mon vol. 

J’espère que cet épisode vous a plu. Le mois prochain, nous partirons à la découverte des trottoirs de nos villes et de leurs terrifiants envahisseurs.

Vous venez d’écouter « Série noire pour une canne blanche », un podcast proposé par OKEENEA. Vous pouvez retrouver tous les épisodes de la série sur le webzine OKEENEA webzine.okeenea.com et toutes les bonnes plateformes de podcast.

Si cet épisode vous a plu, n’hésitez pas à le partager largement avec votre entourage.

Quant à moi, je vous retrouve très bientôt pour un nouvel épisode de mes aventures. Pensez à vous abonner pour être sûr de ne pas le rater. D’ici là, vous pouvez reprendre une activité normale. Portez-vous bien !

Episode 4 | Seule à l’hôtel

Transcription Episode 4 | Seule à l’hôtel

Bonjour à toutes et à tous, je suis Lise Wagner et je vous accueille dans ma « Série noire pour une canne blanche. » 

« Série noire pour une canne blanche, » c’est le podcast qui vous fait découvrir les défis qu’ affrontent quotidiennement les personnes qui comme moi voient le monde avec leurs mains et leurs oreilles.

Aujourd’hui, pour ce quatrième épisode, je vous emmène à la découverte des pièges des chambres d’hôtel.

Dormir à l’hôtel, que ce soit dans le cadre d’un voyage à l’autre bout du monde ou d’un déplacement professionnel à 200 km de chez moi, c’est toujours une aventure. Une aventure qui ressemble parfois à un redoutable escape game avec son lot d’énigmes à résoudre, d’objets à trouver, d’accès ou d’issues à déceler.

La première étape, c’est de trouver l’hôtel. Comme pour le reste de mes déplacements, je suis assez habituée à me débrouiller seule avec l’aide de mon fidèle smartphone et des applications GPS et calculateurs d’itinéraires en transports en commun. Mais là où ça se corse, c’est quand il faut trouver la porte de l’hôtel, le moment où mon GPS me dit « vous êtes arrivés » mais que, techniquement, je ne sais pas précisément où je me trouve. 

A ce moment-là, j’aime bien utiliser la technique du « stop piéton ». Cette technique du stop piéton est assez simple. Il suffit d’écouter les pas des passants et, dès que l’un arrive suffisamment à proximité, de se jeter sur sa victime en prononçant à haute et intelligible voix une phrase du type : « s’il vous plaît, je cherche l’entrée de l’hôtel X ou Y. » A ce moment-là, même si la technique est simple, les réactions sont parfois surprenantes… Il y a ceux qui fuient tout simplement en se disant : « chouette, elle ne me voit pas, je vais pouvoir filer incognito. » Il y a ceux qui ne m’entendent même pas, tellement ils sont plongés dans la consultation de leur téléphone. Il y a ceux qui s’excusent par quelques mots en langue étrangère du style : « je ne parle pas français, laisse-moi tranquille… » Il y a ceux qui accélèrent le pas en lançant : «  non non, mais j’ai pas le temps… » Enfin, il y a ceux qui s’arrêtent, qui marquent quand même l’arrêt et qui me disent : « je ne vais pas pouvoir vous aider, je ne suis pas d’ici. » Pour ceux-là, heureusement, j’ai une parade. Il suffit de leur expliquer que je ne sollicite pas leurs connaissances du quartier mais simplement leurs yeux qui certainement sont plus performant que les miens. Il y a aussi fort heureusement, et à ceux-là je vous une gratitude éternelle, ceux qui accourent en voyant mon air désemparé et me propose spontanément leur aide et sont même parfois prêts à m’accompagner jusqu’à la porte, ce qui évidemment est très utile quand la porte est protégée par un Digicode ou un interphone, tout type de contrôle d’accès qui, en général, n’est pas accessible aux personnes qui ne voient pas.

Après l’épreuve de la porte d’entrée, il y a l’épreuve de la réception. Ça peut être très facile si la réception est située juste après la porte et que le réceptionniste, où la réceptionniste, doué de capacités d’accueil normales quand on pratique ce métier, m’adresse un grand « bonjour ». Alors, ce bonjour m’oriente dans l’espace et me permet de me diriger jusqu’au comptoir pour effectuer la suite des formalités. Mais il peut aussi en être autrement quand la réception est située plus loin de la porte ou quand le personnel est momentanément absent ou encore quand il est frappé de mutisme. Car oui, ça arrive, la vue d’une canne blanche provoque chez certaines personnes une telle sidération qu’elles deviennent instantanément muettes.

Si tout se passe bien, la personne qui est à la réception va m’aider directement ou trouver une autre personne pour m’aider à rejoindre ma chambre et à repérer les différents équipements. Si personne ne peut m’accompagner, dans ce cas-là, je vais me faire expliquer le trajet et c’est là où l’aventure commence…

Déjà, pour me rendre à l’étage, entre l’escalier et l’ascenseur, j’avoue que j’ai plutôt tendance à choisir l’escalier. C’est pas seulement pour maintenir la ligne mais c’est aussi parce que, grâce à l’escalier, je vais savoir exactement à quel étage je me trouve et je vais garder une représentation mentale de l’espace que j’ai traversé. Alors que si je prends un ascenseur, eh bien c’est nettement plus compliqué. Parce que, d’une part, il va falloir que je trouve le panneau de commande de l’ascenseur. Est-ce qu’il est à gauche, à droite, plutôt en haut, plutôt en bas ? Est-ce qu’il est sur une ou deux colonnes ? Comment sont les boutons ? Les boutons ne sont pas toujours marqués avec des chiffres en braille ou en relief, ce qui fait qu’il va falloir déduire leur ordre et ce qui fait aussi que quand j’arrive à un étage et que la cabine s’ouvre, je ne sais absolument pas à quel étage je me trouve. Il se peut alors que, croyant être à l’étage de ma chambre, je vais alors m’acharner sur la porte de la chambre de quelqu’un d’autre puisque je serai au mauvais étage… Plutôt désagréable comme expérience, vous en conviendrez.

Admettons que je descende au bon étage. Moi je vais me retrouver devant d’innombrables portes, avec la même poignée, la même serrure, avec le même lecteur de carte, la même petite plaque fixée sur le battant. Et si les chiffres des chambres ne sont ni marqués en relief, ni en braille, toutes ces portes sont exactement semblables. Alors oui, on peut bien sûr les compter : la troisième à droite, la deuxième à gauche… Mais c’est quand même plus rassurant de pouvoir vérifier le numéro de sa chambre avant d’y entrer. Sinon, soit je prends le risque de terroriser un autre occupant de l’hôtel en m’acharnant sur sa porte Croyant que c’est la mienne, ou alors j’erre dans les couloirs en attendant qu’une âme charitable passe et puisse m’orienter. Mais ça peut durer longtemps…

Admettons encore que j’ai trouvé la bonne porte de ma chambre. Commence alors l’épreuve de la carte magique. Eh oui, la fameuse carte magnétique qu’on nous remet à la réception. Je regrette l’époque où on nous remettait une bonne vieille clé bien lourde pour ne pas qu’on l’oublie. Les cartes magnétiques, la plupart du temps, n’ont absolument aucune indication tactile qui permettrait aux personnes comme moi de pouvoir s’en servir. Alors commence l’épreuve de la carte. Puisqu’il y a quatre sens possibles, eh bien on va essayer les quatre !

Une fois entrée dans la chambre se pose alors la question de l’éclairage. Mes yeux ont beau avoir une performance proche de zéro, j’apprécie d’avoir un peu de lumière. D’une part ça m’aide à m’orienter, mais aussi ça crée quand même une ambiance beaucoup plus sympathique, vous en conviendrez. Mais là encore, ce n’est pas si simple. Déjà, souvent l’activation de la lumière se fait aussi en insérant la carte. Donc il va falloir l’insérer dans le bon sens, vous l’avez compris. Mais ensuite, soit tout s’allume, soit rien. Donc dans ce cas, il va falloir trouver les interrupteurs. Alors commence une bonne séance de balayage des murs, que j’astique méthodiquement le long des cadres de portes, à la recherche des interrupteurs, également à proximité de la tête de lit, de part et d’autre, pour pouvoir créer l’ambiance lumineuse qui me conviendra. 

C’est la même chose pour les prises. Comme tout le monde, et je vous l’ai dit, pour trouver la porte d’entrée de l’hôtel, j’utilise beaucoup les GPS et mon fidèle smartphone. Sauf que ces petits engins sont très gourmands en énergie et qu’il va falloir que je lui donne à manger. Donc je cherche une prise. Nouvelle séance d’astiquage des murs, cette fois sur un autre niveau puisque ça va être plutôt au niveau du sol. Et tout ça se passe pour tous les équipements finalement : la télécommande de la télé parce que, oui, je peux avoir envie de regarder la télé, la climatisation, n’est-ce pas. Si la température ne me convient pas, eh bien, bonne chance ! Puisqu’il va déjà falloir que je trouve le boîtier mais aussi que je sache comment l’utiliser. Les sanitaires aussi réservent parfois leur lot de surprises, surtout quand on voyage à l’étranger où les systèmes de chasse d’eau ou les systèmes de thermostat pour la douche peuvent parfois beaucoup varier. Souvent dans les hôtels, on a aussi des petits échantillons dans la salle de bain : du savon, du gel douche, du shampooing-douche, du lait pour le corps. Mais alors comment faire la différence entre toutes ces petites bouteilles ? C’est pas évident… Je connais très bien quelqu’un qui un jour a failli se doucher avec du cointreau puisqu’il y avait une petite mignonnette offerte par l’hôtel qu’il a confondu avec le gel douche. 

Vous en conviendrez, une fois qu’on a franchi toutes ces épreuves, on mérite bien une bonne nuit de sommeil dans un lit confortable ! En attendant bien sûr les nouvelles épreuves du petit déjeuner qui, inévitablement, arrivera le lendemain matin.

Je ne sais pas si vous êtes au courant mais l’accessibilité est désormais un critère pour juger du standing de l’hôtel et gagner des étoiles. Alors si vous êtes propriétaire d’hôtel, n’hésitez pas à m’inviter. Je me ferai un plaisir de venir tester, surtout si c’est un hôtel cinq étoiles !

J’espère que cet épisode vous a plu. Le mois prochain, je vous inviterai à me suivre dans mes aventures aériennes. Eh oui, on va parler des aéroports !

Vous venez d’écouter « Série noire pour une canne blanche », un podcast proposé par OKEENEA. Vous pouvez retrouver tous les épisodes de la série sur le webzine OKEENEA webzine.okeenea.com et toutes les bonnes plateformes de podcast.

Si cet épisode vous a plu, n’hésitez pas à le partager largement avec votre entourage.

Quant à moi, je vous retrouve très bientôt pour un nouvel épisode de mes aventures. Pensez à vous abonner pour être sûr de ne pas le rater. D’ici là, vous pouvez reprendre une activité normale. Portez-vous bien !

 

Episode 3 | L’enfer des places

Transcription Episode 3 | L’enfer des places

Bonjour à toutes et à tous, je suis Lise Wagner et je vous accueille dans ma Série noire pour une canne blanche.

Série noire pour une canne blanche, c’est le podcast qui vous fait découvrir les défis qu’affrontent quotidiennement les personnes qui comme moi voient le monde avec leurs mains et leurs oreilles.

Aujourd’hui pour ce 3e épisode, je vous emmène à la découverte des grandes places de la capitale des Gaules et de tous les pièges qu’elle renferme pour les personnes qui n’ont pas eu la bonne idée d’avoir un œil de lynx.

Les places publiques, et oui ces grands espaces qui rivalisent de beauté architecturale où les piétons se plaisent à flâner le nez au vent. Oh oui, d’en parler ça me ferait presque rêver. En réalité, je ne m’en approche qu’avec beaucoup de prudence et je ne les traverse que quand j’y suis contrainte et forcée.

Ça vous étonne ? Essayez de traverser une place les yeux fermés et vous comprendrez bien vite. Rien que dans l’hypercentre, la fameuse presqu’île, notre belle ville de Lyon abrite nombre de ces spécimens dont la simple évocation du nom me provoque des sueurs froides.

Commençons par la place Carnot, un des lieux qu’il est difficile d’éviter quand on est lyonnais. Et oui, la place Carnot est un pôle d’échanges incontournable puisqu’elle abrite la gare de Perrache, la gare SNCF mais aussi la gare routière, une station de métro, une station de tram avec 2 lignes et d’innombrables lignes de bus. Sur cette place, avant de la maîtriser du moins partiellement, j’ai vécu pas mal d’aventures. Je ne compte pas les fois où j’ai tourné en rond en essayant de trouver l’entrée du métro ou l’entrée de la gare. 

J’ai rencontré toutes sortes de personnes, toutes sortes de mobilier urbain aussi dont certains m’ont laissé quelques traces sur les tibias des genoux. Et un jour oui, un de ces fameux jour où j’étais complètement perdue à essayer de trouver la station de tram, j’étais alors dans un souterrain dont j’espérais qu’il m’amenait à ma destination et le seul indice que je pouvais avoir c’était les odeurs d’urine. Pas très agréable évidemment. Pas très agréable et un petit peu anxiogène aussi parce que j’imagine toujours que si autant de personnes ont trouvé opportun de se soulager en cet endroit c’est qu’il ne doit pas être très fréquenté. 

Et alors que j’étais dans ce souterrain, une personne m’a appelée de loin. J’étais pas très très rassurée mais vu que je n’avais absolument aucune possibilité de fuir, le plus simple m’a paru d’aller vers cette personne qui m’appelait. Au final, j’ai très bien fait puisque cette personne n’était en réalité qu’une autre victime du manque d’accessibilité de ce lieu. C’était un monsieur en fauteuil roulant électrique et qui, me voyant galérer avec ma canne blanche dans un recoin, m’a proposé son aide pour rejoindre le cas du tram. Lui non plus ne pouvait pas passer par les chemins traditionnels empruntés par tout le monde. Enfin moi à la différence de lui, je l’aurais plus si je l’avais su. Mais en l’absence d’une signalétique adaptée, j’étais exactement dans la même situation. J’ai posé la main sur le dossier de son fauteuil et nous avons fait le chemin ensemble.

Depuis la place Carnot, quand on remonte la presqu’île vers le nord, on arrive vers la fameuse place Bellecour, la plus grande place piétonne de France avec sa statue de Louis XIV sur son cheval. Théoriquement, cette place peut se traverser facilement pour rejoindre les grands axes piétons que sont au sud la rue Victor Hugo et au nord la rue de la République. Il y a même une bande en enrobé qui permet de traverser cette place en diagonale. Mais comme cette bande ne démarre pas du bord de la place, il est malheureusement impossible de la retrouver à l’aide d’une seule canne blanche qui nous renseigne sur ce qui se trouve à 1 mètre devant nous.

Alors là aussi, comme pour la place Carnot, ma stratégie c’est le contournement : emprunter les trottoirs extérieurs de la place en espérant qu’ils ne soient pas trop encombrés par des mobiliers urbains ou autre événement temporaire. En continuant vers le nord, on arrive sur la rue de la République, un boulevard de la consommation. Si on arrive à se frayer un chemin entre les différentes manifestations, les personnes qui vous demandent de l’argent pour tout un tas de causes possibles et imaginables, les chalands qui regardent les vitrines sans se préoccuper de leurs congénères, on arrive sur la place de la République où on peut, si on n’est pas très attentif, prendre un petit bain de pied voire un bain court si la chute est un peu trop directe.

Mais il faut croire que ça fait partie du charme de la ville d’avoir de grands bassins de plain-pied sans aucune protection. Toujours sur la presqu’île, la place des Terreaux qui est la place de l’hôtel de ville et qui a été tout récemment rénovée possède aussi son lot de petits jets d’eau prêts à mouiller les pieds des plus distraits. 

En résumé pourquoi les places sont aussi difficiles à appréhender pour les personnes déficientes visuelles, c’est tout simplement parce qu’il n’y a pas de repère tactile la plupart du temps. Alors comme le dit souvent un ami, on se sent tout simplement comme une savonnette sur du carrelage : ça glisse. Et on a beau avoir une boussole dans la tête et un super sens de l’orientation, on a vite fait de tourner en rond quand on n’a pas de repère.

Là je vous parle de Lyon mais le problème se pose dans toutes les grandes villes. Il est pourtant possible de concevoir des places où tout le monde se sente bien et où même les personnes déficientes visuelles peuvent se repérer. Pour cela, il suffit de jouer sur les contrastes des matériaux, les contrastes tactiles mais aussi les contrastes de couleurs. On peut prévoir des espaces bien délimités pour que l’environnement soit lisible et qu’on puisse s’y repérer facilement.

En complément, on peut aussi penser à la signalétique sonore, des bornes d’information vocale qui peuvent se déclencher à distance avec une télécommande à la manière des feux sonores. D’ailleurs, il existe de plus en plus d’exemples d’aménagements réussis. Le fameux pôle d’échanges de Perrache dont je vous parlais au début, depuis mes aventures, a quand même fait l’objet de nombreux aménagements comme l’installation de balises sonores mais aussi depuis très peu de temps d’une bande de guidage qui permet de rejoindre la sortie du pôle d’échanges au passage piéton le plus proche.

D’autres villes ont aussi équipé leur place de balises sonores pour faciliter l’orientation des personnes déficientes visuelles. Pour vous en citer quelques-unes, je pense à Orléans, Salon-de-Provence, Saint-Étienne, Paris je crois que c’est en cours. Voilà, il y en a de plus en plus et c’est une très bonne chose.

Bon vous l’aurez compris, si vous voyez une personne avec une canne blanche au milieu d’une place, n’hésitez pas à lui proposer votre aide. Ne supposez pas que parce qu’il n’y a pas d’obstacle autour d’elle, elle va s’en sortir.

J’espère que cet épisode vous a plu. La prochaine fois, nous partirons à la découverte des pièges des chambres d’hôtel.

Vous venez d’écouter Série noire pour une canne blanche, un podcast proposé par Okeenea. Vous pouvez retrouver tous les épisodes de la série sur le Webzine Okeenea, webzine.okeenea.com et toutes les plateformes de podcast.

Si cet épisode vous a plu, n’hésitez pas à le partager largement avec votre entourage. Quant à moi, je vous retrouve très bientôt pour un nouvel épisode de mes aventures. Pensez à vous abonner pour être sûr de ne pas le rater. D’ici là, vous pouvez reprendre une activité normale. Portez-vous bien !

 

Episode 2 | Les captchas

Transcription Episode 2 | Les captchas

Bonjour à toutes et à tous, je suis Lise Wagner et je vous accueille dans ma Série noire pour une canne blanche.

Série noire pour une canne blanche, c’est le podcast qui vous fait découvrir les défis qu’affrontent quotidiennement les personnes qui comme moi voient le monde avec leurs mains et leurs oreilles.

Aujourd’hui pour ce deuxième épisode, je vous propose un voyage virtuel sur le web au pays des captchas et autres traquenards.

Pour les personnes qui comme moi sommes aveugles ou malvoyantes, faire ses démarches ou ses courses en ligne, c’est une véritable aubaine. On peut alors passer des heures à fouiller les rayons virtuels d’un site de e-commerce, comparer les produits, regarder les compositions, envoyer les pages à ses proches pour avoir un avis sur l’aspect visuel. 

On peut passer des heures à lire les petites lignes des contrats pour ses démarches en ligne, chose qu’on n’oserait jamais demander à quelqu’un à qui on veut du bien. Mais le web est aussi peuplé de petits êtres maléfiques, par exemple les captchas. 

Je ne sais pas si vous savez ce que c’est un captcha. On appelle captcha les suites de lettres ou de chiffres qu’il faut recopier dans un champ d’édition pour pouvoir valider un formulaire. Parfois même c’est une suite d’images. Il faut reconnaître les voitures ou les chats, les chiens, toutes sortes de choses a priori très faciles mais absolument impossibles quand on ne voit pas ou très mal.

Un jour, j’étais prise d’une folle envie de renouveau dans mon appartement. Je me suis donc rendue sur un site d’une marque de bricolage très connue et j’ai rempli mon panier avec tout ce qui me faisait envie : une petite table et des chaises pour mon balcon pour prendre mon petit-déjeuner au soleil, des organiseurs de tiroir, des étagères pour que tout soit bien rangé. Bref un tas de petites choses dont j’avais envie. 

J’y avais passé un certain temps, j’avais bien comparé les articles, les prix, fait le choix des matériaux. Est enfin arrivé le moment de valider ma commande. J’ai donc créé un compte, enfin du moins j’ai essayé. J’ai rempli mon nom, mon prénom, mon adresse, mon numéro de téléphone, mon adresse email, répondu à toutes les questions qu’on me posait et au moment de valider, paf un captcha.

Un captcha, une image avec des lettres, sans doute des chiffres, je ne sais pas, qu’il fallait absolument recopier. Et même si on me demandait très gentiment de bien vouloir recopier les lettres dans le champ d’édition, j’en étais évidemment totalement incapable. 

J’ai bien cherché mais ils n’avaient absolument aucune alternative audio, aucun numéro de téléphone ou service à contacter en cas de problème. Je me suis donc tout simplement résignée : adieu table, chaises, organiseurs de tiroir, étagères et tout ce qui me faisait tellement envie à ce moment-là.

Malheureusement les captchas, c’est encore un système anti-robot que l’on retrouve très souvent sur le web. C’est peut-être un système pensé contre les robots mais ça fonctionne aussi très bien contre les personnes aveugles.

Pas plus tard que la semaine dernière, j’ai voulu créer un compte sur Wikipédia pour mettre à jour certains articles dans mon domaine d’expertise. Et là j’ai encore été confrontée à la même difficulté. Et oui, Wikipédia, l’encyclopédie libre, collective et universelle, n’est pas ouverte aux personnes aveugles qui voudraient l’enrichir. 

Et là encore, pas moyen de contourner ce satané captcha, pas une alternative audio, pas une adresse mail. Tout simplement une fenêtre pop-up qui vous explique que ce n’est tout simplement pas accessible pour le moment.

Mais ce serait si simple s’il n’y avait que les captchas. Bien d’autres petits êtres maléfiques peuplent le web. Par exemple, des boutons qui ressemblent à de simples textes, des images qui n’ont pas d’équivalent textuel. Ce qui donne par exemple du 9 milliards 536 millions 700 6755 PNGLKB etcetera etcetera. Des champs de formulaire dont le titre n’est pas prononcé, ce qui fait que vous savez que vous pouvez entrer du texte mais vous ne savez pas si c’est votre nom, votre prénom, votre adresse et votre numéro de téléphone ou quoi que ce soit d’autre.

Quand vous faites une erreur dans un formulaire, ça vous est parfois signalé en rouge. Oui mais les logiciels de synthèse vocale ne lisent pas le rouge. 

Une chose est sûre, c’est que le web, bien plus encore que pour la population générale, a été une véritable révolution pour les personnes aveugles ou malvoyantes. On peut accéder à une somme d’informations que moi-même je n’aurais jamais pu imaginer il y a 15 ou 20 ans.

Aujourd’hui, je fonctionne aussi beaucoup avec les applications mobiles qui sont une bonne alternative au web. Mais là aussi, on prend des habitudes, on prend ses marques, on sait comment ça fonctionne et du jour au lendemain, on se retrouve avec une mise à jour qui rend l’application totalement inutilisable avec un lecteur d’écran. 

Alors s’il vous plaît, si vous êtes développeur, si vous travaillez sur un projet de site web, d’application, de logiciel, même d’un petit truc de communication interne, pensez que le service sur lequel vous travaillez pourra un jour servir à une personne aveugle ou malvoyante.

Pensez à respecter les règles d’accessibilité numérique, pas seulement à poser un bouton qui va permettre de régler la taille des caractères ou la couleur du texte. Non, pensez à respecter les règles d’accessibilité numérique et le service que vous développez sera beaucoup plus universel. Vous ne passerez plus à côté des clients ou utilisateurs qui rencontrent des difficultés d’accès à l’information. 

Les services numériques sont partout et l’inaccessibilité est un facteur d’exclusion dans la vie quotidienne mais bien sûr aussi dans la vie professionnelle. Merci, merci d’y penser. Vous aurez alors ma gratitude éternelle, et oui rien que cela.

J’espère que cet épisode vous a plu. Pour la prochaine fois, nous retournerons dans le monde réel pour explorer les grandes places publiques de nos villes.

Vous venez d’écouter Série noire pour une canne blanche, un podcast proposé par Okeenea. Vous pouvez retrouver tous les épisodes de la série sur le Webzine Okeenea, webzine.okeenea.com et toutes les bonnes plateformes de podcast. 

Si cet épisode vous a plu, n’hésitez pas à le partager largement avec votre entourage. Quant à moi, je vous retrouve très bientôt pour un nouvel épisode de mes aventures. Pensez à vous abonner pour être sûr de ne pas le rater. D’ici là, vous pouvez reprendre une activité normale. Portez-vous bien !

 

Episode 1 | Les mystères du RER

Transcription Episode 1 | Les mystères du RER

Bonjour à toutes et à tous, je suis Lise Wagner et je vous accueille dans ma Série noire pour une canne blanche.

Série noire pour une canne blanche, c’est le podcast qui vous fait découvrir les défis qu’affrontent quotidiennement les personnes qui comme moi voient le monde avec leurs mains et leurs oreilles.

Aujourd’hui, pour ce premier épisode, je vous emmène dans le RER parisien. Ah les joies des transports en commun ! Pour moi qui suis non voyante, les transports en commun sont avant tout synonymes de liberté.

Mais quand les choses se dérèglent, l’aventure peut vite se transformer en cauchemar. Un cauchemar d’autant plus terrifiant quand on se retrouve dans une petite gare de banlieue, seule sur un quai, avec pour unique compagnie un homme avec qui il est quasi impossible de communiquer. 

Tout ça pour un manque d’accès à l’information. Je vous raconte, c’était un jour de printemps et une amie parisienne m’avait invitée à passer le week-end chez elle. Quand je dis parisienne, ce n’est pas tout à fait vrai puisqu’en réalité elle habitait la coquette ville d’Orsay dans l’Essonne.

Elle m’avait expliqué le trajet avec précision. De la gare de Lyon, je devais prendre le RER A jusqu’à Châtelet-les-Halles puis le RER B direction Saint-Rémy-lès-Chevreuse où je devais descendre à Orsay. 

Mais c’était sans compter quelques petites surprises sur le trajet. Tout avait pourtant très bien commencé. J’avais pu me rendre à la gare de la Part-Dieu à Lyon pour prendre mon TGV, j’avais été accompagnée par un membre du personnel SNCF qui m’a mise dans le train et le même service d’assistance à la gare de Lyon à Paris m’attendait pour me réceptionner à ma descente du train et m’avait même accompagnée jusqu’à la gare de RER où j’ai pu monter dedans sans aucun souci. 

Mais descendue à Châtelet-les-Halles, c’est là où les choses ont commencé à se gâter. En effet, j’ai appris qu’il y avait des manifestations dans les rues de Paris qui faisaient que la ligne était interrompue sur une bonne partie. Mais même si en tant que provinciale ayant grandi dans un petit village de montagne, les transports en commun à Paris c’est toujours très impressionnant, je suis quand même toujours plutôt confiante puisqu’il y a vraiment beaucoup de monde et il est rare de se trouver seule sans aucune assistance.

Et d’ailleurs, c’est bien ce qui s’est passé. Une femme tout à fait avenante est vite venue à mon secours et m’a proposé une solution alternative pour me rendre à ma destination. Elle avait une connaissance du réseau parisien, je pense que les agents de la RATP auraient pu lui envier. Elle m’explique alors comment me rendre à ma destination, je dois prendre la ligne 4 jusqu’à son terminus porte d’Orléans puis un bus qui me mènera à Bourg-la-Reine où je pourrais récupérer le RER B direction Saint-Rémy-lès-Chevreuse. Elle me quitte à porte d’Orléans puisqu’elle doit aller travailler. En fait, c’était une femme de ménage qui faisait le ménage dans les bureaux la nuit donc elle, elle partait travailler au moment où tout le monde rentrait chez lui ou partait en week-end. Elle prend donc congé non sans avoir pris la précaution de prévenir la conductrice du bus auquel elle m’avait accompagnée que je devais descendre à la station Bourg-la-Reine. 

Malheureusement, la suite ne s’est pas tout à fait passée comme prévu puisque la conductrice du bus, sans doute voulant bien faire, ça je n’en doute pas un seul instant, m’a préconisé de descendre plutôt à la station Bagneux que Bourg-la-Reine prétextant que ce serait beaucoup plus simple pour moi, que la station était plus facile et que j’aurais donc moins de difficultés à retrouver le quai du RER.

A ma descente du bus, un monsieur très bienveillant offre de m’accompagner jusqu’au quai, ce que j’accepte bien volontiers. Mais je me rends compte assez rapidement qu’il est difficile de communiquer avec lui puisqu’il parle très très peu français et le peu que j’arrive à comprendre c’est avec un très fort accent. Je comprends qu’il est Egyptien et malgré cette difficulté, il insiste pour attendre le RER avec moi et ne pas me laisser seule donc je ne peux que lui en être très reconnaissante. 

Et commence une longue attente. Nous attendons, attendons, un train, puis un autre, encore un autre, Antony, Robinson, Antony, Robinson, Massy, Robinson mais rien pour Saint-Rémy-lès-Chevreuse. J’essaie de joindre mon amie sur son portable mais tous mes appels aboutissent sur sa messagerie. J’apprendrais ensuite que son téléphone l’attendait sagement dans sa chambre pendant qu’elle était en train de regarder la télé ou je ne sais plus trop quoi faire dans le salon.

Mon compagnon d’infortune fait de son mieux pour comprendre les panneaux d’affichage mais malheureusement sans succès. Il finit par se décider à aller demander de l’aide et revient avec la solution. En réalité, aucun des RER en direction de Saint-Rémy-lès-Chevreuse ne s’arrêtait à Bagneux. Moralité : j’aurais mieux fait d’écouter ma gentille femme de ménage plutôt que la conductrice du bus RATP. 

Il suffisait de prendre le premier RER pour Bourg-la-Reine et ensuite de récupérer un train direction Saint-Rémy. Résultat : le voyage de Paris à Orsay, 32 km, m’a pris deux fois plus de temps que le voyage de Lyon à Paris qui fait 470 km.

Si je me retrouvais dans une même situation aujourd’hui, évidemment j’aurais beaucoup plus d’outils à ma disposition puisque maintenant j’ai l’habitude d’utiliser des applications sur mon smartphone qui me donnent les horaires des transports, les trajets alternatifs. J’ai la possibilité de me localiser avec le GPS donc, à condition que j’ai de la batterie sur mon téléphone, ce genre de situation ne pourrait plus m’arriver aujourd’hui. 

Néanmoins, j’ai toujours été impressionnée, les panneaux d’affichage sur les quais de RER, je me suis toujours demandée comment les personnes qui avaient des difficultés avec la langue française, des difficultés de lecture, de compréhension ou tout simplement de vision comme moi pouvaient s’en sortir avec un affichage aussi compliqué.

Une solution serait bien sûr de vocaliser ces informations qui sont seulement écrites. A l’arrivée d’un RER sur le quai, ce serait sans doute utile à tout le monde de savoir quelle est la destination de ce train et quelles sont les gares qu’il dessert. Mais ce n’est pas encore le cas malheureusement. 

J’espère que cet épisode vous a plu et je vous promets de vous retrouver bientôt avec un nouveau sujet. Cette fois, nous parlerons du numérique et de l’accès au web.

Vous venez d’écouter Série noire pour une canne blanche, un podcast proposé par Okeenea. Vous pouvez retrouver tous les épisodes de la série sur le Webzine Okeenea, webzine.okeenea.com, et toutes les plateformes de podcast.

Si cet épisode vous a plu, n’hésitez pas à le partager largement avec votre entourage. Quant à moi, je vous retrouve très bientôt pour un nouvel épisode de mes aventures. Pensez à vous abonner pour être sûr de ne pas le rater. D’ici là, vous pouvez reprendre une activité normale. Portez-vous bien !

 

Frissonnez en écoutant le teaser du podcast ou en le lisant car il est sous-titré !

Tenez-vous prêts pour le premier épisode vendredi 8 avril…

Transcription écrite du teaser :

Musique d’intro angoissante

“Bienvenue dans Série noire pour une canne blanche. Série noire pour une canne blanche c’est le podcast qui vous fait découvrir les défis qu’affrontent quotidiennement les personnes qui comme moi, voient le monde avec leurs mains et leurs oreilles.

Moi c’est Lise Wagner et ma canne blanche, c’est ma compagne de tous les instants. 

Cette série de podcast s’adresse à vous qui êtes curieux de savoir comment vivre sans voir, comment avec l’acuité visuelle d’une chauve-souris, on parvient à faire son chemin dans un monde semé d’embûches. 

En vous invitant à me suivre dans mes aventures du quotidien, j’ai pour ambition de vous faire toucher du doigt les obstacles que rencontrent les personnes aveugles ou malvoyantes pour vivre la vie qu’elles ont choisie mais aussi comment vous, à votre niveau, vous pouvez les faire tomber ces obstacles. 

Pour ma part, j’ai toujours été très malvoyante et ça ne s’est pas arrangé avec le temps. Aujourd’hui, je ne perçois que quelques différences de luminosité, les contrastes et quelques silhouettes mais ça ne m’empêche pas d’être une grande amoureuse de la vie. 

Je vais vous emmener dans la rue, dans les transports, les magasins, les hôtels et bien d’autres endroits dont vous n’avez même pas idée. 

Pour ne rien manquer, je vous invite à vous abonner dès maintenant à ma chaîne “Série noire pour une canne blanche” sur votre plateforme de podcast préférée. A bientôt pour partager mes aventures.”

Même musique angoissante à la fin.

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