Transports en commun : des solutions d’accessibilité, aussi pour le handicap mental !

700 000 Français vivent avec un handicap mental ou déficience intellectuelle. Comment font-ils pour se déplacer en ville et prendre les transports en commun de manière autonome ? Quels sont les aménagements, équipements d’accessibilité ou solutions humaines qui facilitent leur mobilité ? La réglementation accessibilité reste peu explicite sur le sujet. Mais de nombreux réseaux de transports publics ont déjà expérimenté et mis en place des mesures qui fonctionnent. En voici un tour d’horizon !

Handicap mental : des besoins spécifiques pour la mobilité

Le handicap mental est la conséquence d’une déficience intellectuelle. Souvent confondu avec le handicap psychique ou associé au handicap cognitif, le handicap mental a pourtant ses spécificités. Pour bien les comprendre, vous pouvez vous reporter à notre article : 16% des français touchés par un handicap mental, psychique ou cognitif.

Les personnes ayant un handicap mental rencontrent, dans des proportions plus ou moins importantes selon les cas :

  • Des difficultés de compréhension et de conceptualisation,
  • Une capacité réduite d’analyse,
  • Une émotivité et une sensibilité au stress accrues,
  • Des difficultés pour entrer en relation et se faire comprendre,
  • Des capacités réduites à se repérer dans l’espace et dans le temps,
  • Un manque d’aptitude à faire face aux imprévus,
  • Des difficultés à se concentrer et à mémoriser les informations,
  • Une gêne pour faire le tri entre de trop nombreuses informations,
  • Un accès à l’écrit compliqué, notamment lorsque les informations sont longues ou comportent des abréviations ou acronymes…

Pour l’utilisation des transports en commun, ces difficultés ont des conséquences concrètes à chaque étape du déplacement : lecture des plans, compréhension des fiches horaires, évaluation des temps de trajet, orientation sur le réseau, réalisation des correspondances, déplacements dans la foule et comportement à adopter en cas de perturbations.

Des outils adaptés au handicap mental pour utiliser les transports en commun

De nombreuses autorités organisatrices des transports (AOT) ont déjà mis en place des solutions pour faciliter l’accès des personnes ayant un handicap mental aux transports publics. Au-delà des 700 000 personnes handicapées mentales recensées en France, ce sont bien d’autres voyageurs qui en bénéficient : les personnes âgées, les enfants, les personnes en situation de handicap psychique ou cognitif et potentiellement toute personne stressée ou distraite.

Aide à la préparation du déplacement

L’étape de la préparation en amont de son déplacement est primordiale pour se sentir rassuré et anticiper les difficultés. Certaines personnes ayant un handicap mental ont besoin d’être formées à l’utilisation des transports en commun.

A Paris, la RATP propose à ce titre des « Ateliers Mobilité ». Cette formation conçue en partenariat avec l’UNAPEI prépare les usagers les plus fragiles avant de leur proposer des mises en situation sur le terrain.

La RATP a également édité le guide « Je prends le métro » en FALC (langage facile à lire et à comprendre).

A Lyon, les TCL proposent des « Parcours Découverte » pour se familiariser avec le réseau. Cette solution est accessible gratuitement à toute personne handicapée qui en fait la demande.

Certaines personnes ayant un handicap mental sont tout à fait en mesure d’utiliser un plan à condition que celui-ci soit simplifié.

De nombreuses villes proposent des plans incluant des photos des principaux lieux. Cette prévisualisation a un effet rassurant et facilite la reconnaissance de sa destination au moment de l’atteindre.

Le réseau de transports de Londres met à disposition une large collection de plans sous différentes formes : couleur, noir et blanc, gros caractères, audio, etc.

Signalétique multicanal et multisensorielle

La diffusion de l’information via plusieurs canaux et sous différentes modalités sensorielles (visuelle, sonore, tactile) permet de toucher un plus large public et assure une meilleure compréhension du message en toutes circonstances.

De plus en plus de réseaux de transports fournissent l’information voyageur en temps réel à la fois sous forme visuelle (panneaux lumineux) et sonore. Dans le métro parisien, les temps d’attente sont régulièrement annoncés sur les quais. Pour plus de clarté, deux voix distinctes sont utilisées : une masculine dans un sens et une féminine dans l’autre.

Pour les réseaux de surface (bus et tramway), les annonces vocales sont généralement activables par la télécommande dédiée à l’accessibilité pour les personnes aveugles et malvoyantes. C’est le cas à Lyon, Rennes ou Nantes.

Balise Navigueo

Les associations spécialisées sur le handicap mental suggèrent d’étendre l’usage de cette télécommande à la population qu’elles représentent. A savoir que des balises sonores sont progressivement installées pour repérer les entrées de stations de métro à Paris.

L’utilisation de symboles ou pictogrammes facilite également le repérage et aide à mémoriser l’information. Le réseau TISSEO de Toulouse a mené une démarche d’accessibilité envers les personnes en situation de handicap mental, mais aussi des personnes illettrées ou visiteurs étrangers. Chaque station de métro est associée à un pictogramme facilement identifiable et repris sur l’ensemble de la signalétique.

Encore peu développée dans l’espace urbain, la signalétique au sol possède un fort potentiel pour l’orientation de tous les publics. A Liverpool, les emplacements des principaux arrêts de bus sont indiqués par des traces de pas intégrant le numéro de bus et différenciées par un code couleur.

A savoir : Le pictogramme S3A (Accueil – Accompagnement – Accessibilité) identifie les lieux engagés pour l’accessibilité aux personnes ayant une déficience intellectuelle. La vue de cette signalétique rassure les personnes concernées sur l’accueil qu’elles vont recevoir et les incite à s’exprimer plus librement.

Sensibilisation des agents et des conducteurs

Le comportement des conducteurs et agents du réseau peut selon les cas améliorer ou aggraver les situations de stress ou de panique des voyageurs en situation de handicap mental. C’est une des raisons pour lesquelles la formation à l’accueil des personnes handicapées et à l’accessibilité doit être dispensée à tout le personnel en contact avec le public, au sens de la loi du 5 août 2015.

Cette démarche est déjà en place sur de nombreux réseaux de transports publics, comme à Paris, Lyon ou Saint-Etienne.

Mise en place d’équipements faciles à utiliser

La complexité des billetteries automatiques ou des portiques de sécurité peut compromettre l’accès aux transports des personnes ayant un handicap mental.

La conception de ces équipements doit donc prendre en compte les besoins spécifiques de ces usagers :

  • Réduction du nombre de manipulations,
  • Informations faciles à comprendre,
  • Tolérance à l’erreur et à la lenteur, etc.

Solutions digitales adaptées au handicap mental

application mobile handicap mental

Les personnes présentant un handicap mental bénéficient aussi des avancées des technologies de l’information et de la communication. Des applications sur tablettes et smartphones peuvent les aider dans leur vie quotidienne pour faire leurs courses, compter la monnaie, organiser leur emploi du temps, et bien sûr, circuler dans les transports en commun. Pour concevoir des applications accessibles, il est nécessaire de prendre en compte les points suivants :

  • Du texte facile à lire et à comprendre : utiliser des mots simples, pas de jargon (ex. : titre de transport = ticket).

  • Des photos des lieux : prévisualisation des points stratégiques et lieux de destination. Le fait de pouvoir visualiser son trajet a en effet rassurant pour une personne en situation de handicap mental. Une vue à 360° est un vrai plus.

  • Saisie vocale : Les utilisateurs doivent pouvoir faire des requêtes avec leurs propres mots.

  • Plusieurs chemins d’accès possibles : Ce qui est logique pour certains ne l’est pas obligatoirement pour d’autres, par exemple pour les personnes avec autisme. Une application accessible à tous doit permettre d’accéder à la même information par plusieurs méthodes.

  • Des suggestions lors de la saisie : Que la requête soit saisie à la voix ou en texte, l’application doit proposer des suggestions en cas d’échec (ex. : « Voulez-vous dire… »).

  • Priorité aux requêtes les plus courantes : Celles-ci doivent figurer le plus près possible du début de l’écran d’accueil pour permettre un accès rapide à l’information.

  • Alertes e-mail ou SMS : Pour aider les utilisateurs à mieux gérer les imprévus et les perturbations, il est indispensable que l’application propose un système d’alerte e-mail ou SMS sur des parcours prédéfinis. L’application devra aussi proposer des itinéraires de substitution.

  • Des préférences personnelles : L’utilisateur doit pouvoir enregistrer ses propres paramètres comme son mode de transport privilégié (transports de surface pour une personne claustrophobe), sa vitesse de marche (calcul du temps de trajet), mode d’affichage des plans (centré sur sa position, orienté dans le sens de la marche…).

Vous l’aurez compris, partir des besoins des personnes ayant une déficience intellectuelle permet le développement de solutions bénéficiant à tous les usagers des transports publics. En effet, n’importe qui rencontre ponctuellement des difficultés de compréhension, de mémoire, de préhension ou de réactivité, en raison de son âge, d’une maladie, d’un stress, de la fatigue ou d’un simple moment de distraction. Des professionnels de la mobilité des personnes handicapées sont en mesure de vous accompagner sur la mise en place de ces solutions.

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