Smart building et inclusion – Interview de Nathalie Chapuis, Directrice Innovation Urbaine et Grands Projets chez GA Smart Building

Aujourd’hui 4,2 milliards d’habitants, soit 55 % de la population mondiale, vivent en ville. En 2050, le nombre actuel de citadins sera multiplié par deux, les citadins représenteront  7 personnes sur 10 dans le monde.

Nous avons souvent abordé le thème de la ville intelligente, la ville de demain. Dans cet article, nous avons souhaité descendre encore d’un cran et de vous parler des immeubles intelligents plus communément appelés les « Smart Buildings ». Qu’est-ce que c’est ? En quoi ces nouveaux types de construction peuvent-ils améliorer le quotidien de chacun et plus généralement favoriser l’inclusion ?  C’est pour répondre à ces interrogations que nous avons interviewé une experte en la matière : Nathalie Chapuis, directrice Innovation Urbaine et Grands Projets chez GA Smart Buildings. 

Bonjour Nathalie et enchantée ! Pourriez-vous s’il vous plaît vous présenter en quelques mots ?

Enchantée également !

Je suis Nathalie Chapuis, Directrice Innovation Urbaine et Grands Projets chez GA Smart Building, en charge notamment du projet de La Cité Universelle à Paris, conçu autour de la prise en compte de tous les handicaps.

Vous êtes Directrice Innovation Urbaine et Grands Projets, pourriez-vous nous donner votre définition de ce qu’est un “smart building” ?

Le smart building est un bâtiment intelligent, qui est construit de manière sobre, durable, astucieuse et efficace pour répondre aux besoins de ses utilisateurs d’aujourd’hui et s’adapter à ceux de demain.

Acteur atypique de l’immobilier, GA Smart Building déploie l’approche constructive dite « hors-site » dont le Groupe est pionnier en France. Il s’agit d’un modèle d’industrialisation novateur qui émerge à travers le monde et qui consiste à modéliser les éléments de structure, de façades et les équipements d’un bâtiment en BIM, avant de les fabriquer en usines, puis les acheminer sur le chantier pour les y assembler. Nous déployons ensuite dans le bâtiment des solutions technologiques qui permettent de rendre le bâtiment réactif en vue d’améliorer les consommations énergétiques et le bien-être de ses utilisateurs.

Au-delà des aspects techniques, nous voulons concevoir des immeubles smart pour demain, des « bâtiments positifs » qui font la démonstration d’une construction décarbonée, qui soient évolutifs et adaptables à leur contexte et au marché, co-conçus avec le territoire, proposant une mutualisation des surfaces et une mixité d’usages. Nous sommes en effet convaincus que le monde a besoin de meilleurs bâtiments, mieux conçus, mieux construits et mieux exploités, pour aller vers plus de sobriété, d’accessibilité et de durabilité.

Enfin, dans notre vision, le smart building doit être inclusif : il doit prendre en compte les besoins spécifiques des uns pour améliorer l’expérience de tous.

Concrètement, cela veut dire que nous nous attachons à concevoir les bâtiments différemment pour éviter les discriminations, limiter les situations de handicap et les situations accidentogènes, notamment en fluidifiant les parcours et la signalétique et en adaptant l’équipement, l’agencement, la décoration et l’aménagement.

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Quelle place tient l’inclusion dans votre conception de Smart Building ?

L’accessibilité des bâtiments est un enjeu sur lequel GA Smart Building s’est engagé, notamment sur la Cité Universelle à Paris ou sur son futur siège social à Toulouse. C’est en effet un enjeu sociétal fort et les bâtiments de demain doivent intégrer cette composante pour offrir à leurs utilisateurs une qualité de vie optimale pour tous et participer à la construction d’une société durable et souhaitable.

Concevoir un bâtiment inclusif nécessite d’aller au-delà des normes réglementaires. Pour cela nous nous appuyons sur un label dédié, le Label Accessibilité élaboré par Certivea, sur des experts de l’accessibilité comme notre partenaire clé Handigo et nous appliquons méticuleusement la démarche de conception inclusive. Nous y reviendrons.

Au-delà de la conception elle-même, l’inclusion passe par la programmation. Nous tâchons de l’orienter pour aller vers davantage de mixité dans les usages et dans les typologies d’utilisateurs. Il s’agit également de créer les conditions économiques, juridiques et opérationnelles, pour que l’inclusion soit effective et performante durant l’exploitation. Pour cela, GA Smart Building conçoit et participe à la création de nouveaux modèles économiques et de nouveaux types de partenariats en impliquant très en amont les exploitants et parties prenantes pour fixer des objectifs et trouver les solutions pour que les engagements de chacun puissent être respectés.

Découvrez-en plus sur l’accessibilité et l’inclusion dans notre dossier complet :

Tout savoir sur l’accessibilité pour les personnes handicapées : définition, réglementation, domaines concernés…

Rencontrez-vous des freins quand vous évoquez ce sujet avec vos clients ? (techniques, financiers ou autre)

Oui bien sûr, il y a des freins a priori, mais qui sont pour beaucoup liés à une méconnaissance de la démarche de conception inclusive par les différentes parties prenantes.

Intuitivement, on peut penser que concevoir un bâtiment inclusif coûte plus cher, fait perdre de la surface ou génère des complexités techniques.  Ce n’est pas totalement faux : par exemple les services de sécurité incendie, peu habitués à ce type d’approche, sont très prudents et ont des exigences qui vont bien au-delà de la réglementation sur des projets inclusifs. Mais quand on prend le temps d’expliquer la démarche et de rentrer dans le détail, on finit toujours par trouver des solutions.

Par ailleurs, en intégrant très en amont les problématiques de conception comme les surfaces nécessaires dans les paliers ou les chambres pour permettre la rotation des fauteuils, on sait faire en sorte que cela crée de la valeur : des chambres et des paliers généreux et modulables sont des plus en exploitation ! Dans un bâtiment neuf, en faisant l’exercice point par point, on se rend compte que concevoir inclusif a plutôt tendance à créer de la valeur que des contraintes.

La démonstration est plus complexe, c’est sûr, sur de la réhabilitation, où l’interprétation de la conception inclusive est davantage contrainte par l’existant, mais loin d’être impossible pour autant !

Ce qui est certain, c’est qu’il n’y a de réussite que collective.

Il faut évidemment avoir réuni en amont dans l’équipe projet les bonnes compétences : architectes, bureaux d’études spécialisés en accessibilité, bureau de contrôle, préventionniste incendie notamment. Mais la clé du succès est de parvenir à embarquer l’ensemble des parties prenantes, le plus en amont possible des projets dans nos travaux sur l’inclusion, afin de les impliquer et de se faire challenger : sociologues, associations, investisseurs, futurs exploitants, futurs utilisateurs, services instructeurs des autorisations d’urbanisme….

Sur la Cité Universelle, nous avons par exemple travaillé très tôt avec l’exploitant hôtelier le plan d’aménagement des chambres d’hôtel inclusives, avant même le dépôt du PC, pour s’assurer que la coque que nous imaginions était bien compatible avec leurs critères tout en garantissant l’accessibilité universelle.

Au quotidien, nous accompagnons nos clients, utilisateurs et investisseurs, pour les sensibiliser sur le sujet, nous les aidons à se questionner et leur partageons nos réflexions, par exemple en expliquant en quoi la prise en compte du handicap dans la conception d’un bâtiment est une source de valeur.

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Quelles sont les souffrances rencontrées par les personnes empêchées lors de parcours visiteurs dans ces bâtiments intelligents ?

N’étant pas moi-même en situation de handicap, je ne suis pas la bonne personne pour répondre à cette question. Reste qu’à force de travailler le sujet, je commence à prendre la mesure des discriminations et difficultés permanentes que vivent dans leur quotidien les personnes empêchées, générant colère, épuisement, frustration, sentiment de solitude, d’exclusion… Evoluer dans des lieux non inclusifs leur demande une énergie énorme, une perte pour l’ensemble de la société. Et nous serons de plus en plus nombreux à être concernés. Il faut y remédier absolument.

Avez-vous des exemples de solutions, de concepts ou d’idées que vous avez mis en œuvre lors de projets ?

Nous pouvons prendre l’exemple des places spectateurs en gradin dans la salle omnisports de la Cité Universelle.

Les places permettant d’accueillir des personnes en fauteuil, appelées « places PMR – UFR » (Utilisateurs en Fauteuil Roulant), représentent près de 10% du total des places soit plus de 4 fois la norme française la plus exigeante et sont toutes situées à proximité de fauteuils d’accompagnants.

Au-delà de la prise en charge des personnes en fauteuil, nous prévoyons également des places dites « PMR facilitées », assurant un niveau de confort élevé afin de prendre en compte les besoins spécifiques des différents types de handicap : plus larges, faciles d’accès, situées à proximité des sanitaires, avec des dossiers complets et des accoudoirs relevables pour un meilleur soutien, avec de l’espace au niveau des pieds pour accueillir les chiens-guides etc. Ces places PMR facilitées représentent près de 20% de la jauge totale, là où la recommandation européenne se limite à 1%.

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Enfin, des dispositions complémentaires sont prévues pour les handicaps non visibles : sensoriels, mentaux ou psychiques : aménagements spécifiques et accompagnement technologique. Pour ce faire, nous sommes en relation étroite avec la Handitech qui fédère les startups travaillant sur le sujet du handicap.

Autre exemple : dans les bureaux, nous traitons l’acoustique beaucoup de soin et travaillons sur la lumière naturelle, nous créons des circulations plus larges ponctuées de zones de croisement régulières qui sont autant de lieux d’échanges informels, nous prenons en compte le handicap sensoriel dans le projet de décoration en contrastant les sols, les murs et les portes pour une orientation aisée. L’aménagement prévoit des « sas de sérénité », lieux d’apaisement pensés les personnes souffrant de handicap psychique ou pour bénéficier d’un peu d’intimité, tous les blocs sanitaires sont accessibles dans chaque plateau, les portes sont larges et les poignées facilement préhensibles, il n’y a aucun seuil pour accéder aux espaces extérieurs… Ces évolutions sont en fait des améliorations pour le confort de tous.

Merci pour votre témoignage et ces précieuses explications. Souhaitez-vous partager avec nous un projet ? Un souhait ? 

J’aimerais prouver que réaliser un bâtiment adapté à chacun, c’est participer à une ville plus durable.

L’INSEE projette ainsi qu’en 2040, ¼ de la population aura plus de 65 ans. Concevoir inclusif, c’est donc une nécessité.

Je suis convaincue qu’il est possible d’avoir une ville ouverte à tous, humaine et inclusive.

A Paris, avec la Cité Universelle, nous réalisons un projet où chacun a sa place, le lieu d’une société qui nous ressemble.

Mon ambition est que cette démonstration essaime bien au-delà des murs de la Cité Universelle, que d’autres acteurs de la fabrique de la ville s’emparent de ce sujet et l’intègre systématiquement dans leurs conceptions, comme nous le faisons chez GA Smart Building.

 

Focus sur la Cité Universelle 

Porté par GA Smart Building, la Cité Universelle est un ensemble immobilier multi-usages de près de 30 000 m² à Paris. Lauréate de l’appel à projets innovants « Réinventer.Paris 2 », la Cité Universelle, co-concue par Baumschlager Eberle Architekten et Studio Montazami, s’adresse à tous, porteurs ou non d’un handicap.

Elle a été pensée comme un symbole de l’accessibilité universelle, sous l’impulsion de Ryadh Sallem, athlète de haut niveau, militant associatif, entrepreneur de l’ESS et Ambassadeur Paris 2024.

Parce qu’à ce jour, à Paris, aucune infrastructure sportive n’est en capacité d’accueillir correctement des sportifs en situation de handicap. L’idée d’un ensemble immobilier intrinsèquement accessible, à tous et à toutes les formes de handicap pour tous les usages s’est donc imposée.

La Cité Universelle est composée de 5 pôles :

  • Le pôle sportif est constitué d’une salle de sport multi-usages de près de 3 800 m² au sol. Parmi les 1 000 places assises, 20 % seront accessibles aux personnes à mobilité réduite. Soit 10 fois plus que la norme. Lieu d’entraînement et siège du club de sports adaptés CAPSAAA, cette salle entièrement modulable recevra des compétitions nationales et internationales.
  • Le pôle Santé, exploité par IPSO Santé, répondra aux besoins des usagers quotidiens de la Cité Universelle ainsi qu’aux riverains.
  • Le pôle work’in accueillera un espace de coworking exploité, 20 000 m² de bureaux, un restaurant d’entreprises
  • Le pôle Hospitality, un hôtel de 109 chambres, toutes accessibles en fauteuil et quelques chambres médicalisables.
  • La pré fourrière, qui devait être conservée dans le cadre de l’appel à projets innovants “Réinventer.Paris 2”

La production agricole des 1 000 m² du rooftop alimentera le restaurant d’entreprise ainsi que le restaurant et l’épicerie en rez-de-chaussée ouverts aux habitants du quartier et aux franciliens. Tous ces lieux seront ouverts à tous.

La Cité Universelle sera le 1er bâtiment neuf certifié par le triple AAA du Label d’accessibilité LA, qui constitue l’exigence la plus aboutie en termes d’accessibilité.

Christine

Christine

De nature plutôt dynamique et toujours à l’affût d'échanges, je me charge aujourd’hui principalement de toutes les interviews. J’adore rencontrer ces acteurs inspirants qui font bouger les lignes et qui ouvrent le champ des possibles.
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