Les interprètes LSF : ce pont indispensable entre deux communautés linguistiques différentes – Interview de l’équipe ex aequo

Vous ne le savez peut-être pas mais deux de nos collègues sont sourds. Nous utilisons certes les outils digitaux pour communiquer au quotidien mais lors des réunions, événements et autres moments importants, nous faisons appel à l’équipe d’ex Aequo. Interprète français/langue des signes française (LSF) : un métier méconnu et pourtant indispensable à l’inclusion que l’on vous propose de découvrir à travers cette interview ! 

Bonjour, pouvez-vous présenter ex aequo en quelques mots ?

Nous sommes une SCOP, une société coopérative et participative, qui s’appelle ex aequo. Elle a été créée en 2011 par quatre associés. 

Maintenant, nous sommes huit salariés dont six sont associés. Nous travaillons sur la région sur Lyon et ses environs. Nous vendons de la prestation d’’interprétation Français<>Langue des Signes Française (LSF). 

Qui sont les personnes que vous accompagnez ? 

deux interprètes en train de signer dans un amphi
crédit photo : Ksénia Vysotskaya

Attention, nous ne sommes pas des accompagnants.

 Nous sommes interprètes et le propre de l’interprétation, c’est d’être nécessaire quand deux personnes ou plus, sont en présence et ne parlent pas la même langue. Dans notre cas, nous travaillons avec le français et la langue des signes.

De fait, nous sommes amenés à travailler dans la sphère professionnelle et/ou personnelle. Nous pouvons interpréter pour des réunions d’entreprise, des conférences, des rendez-vous médicaux, des rendez-vous à la banque, chez le notaire, pour des mariages, des enterrements, au tribunal…, enfin bref, nous intervenons dans tout un tas de situations, pour tous les âges.

Nous sommes des interprètes de situation, c’est-à-dire que nous ne sommes pas là pour la personne sourde ou pour la personne entendante, mais bien parce que la situation le nécessite.

Quel est votre quotidien ? C’est quoi votre journée type pour un interprète Français<>Langue des Signes Française (LSF) ?

Une journée habituelle débute par la prise de connaissance du planning. Ensuite, nous prenons contact avec les intervenants, recherchons des informations spécifiques sur le thème qui va être abordé au cours de la traduction. C’est ce que l’on appelle la préparation de la prestation. 

Le jour J, on se déplace sur les lieux concernés. On s’assure que les conditions techniques d’interprétation sont réunies.  Par exemple, on vérifie que l’on ait suffisamment de lumière pour que les gens se voient correctement, que l’on puisse être entendus correctement etc. 

Arrive l’interprétation elle-même. Quand l’entendant parle, on traduit en langue des signes française et quand la personne sourde s’exprime en langue des signes française, on la traduit en français oral.

Nous sommes soumis à un code de déontologie qui est souvent résumé en 3 items qui sont la fidélité, la neutralité et le secret professionnel. Le  secret professionnel, je pense que vous voyez à peu près de quoi il s’agit. Concernant la neutralité, nous ne prenons pas parti au cours de nos interventions pour un propos ou un autre. Chacun est responsable de son propos. Pour finir : la fidélité. Elle nous impose de ne pas rajouter des informations ou de ne pas censurer les propos émis par les participants. 

Aucune journée ne se ressemble vu que l’on intervient dans tout un tas d’environnements différents. Nos prestations ont lieu le matin comme le soir, en semaine comme le week-end. Il nous arrive parfois, en fonction des situations, d’être amenés à travailler seul, en binôme ou en trinôme et cela dépend de la durée de la prestation et parfois de la technicité.

Les journées étant bien chargées et souvent épuisantes. Par exemple, on peut commencer la matinée par un rendez-vous médical, poursuivre l’après-midi par une réunion institutionnelle avec une collègue et le soir par une conférence sur un thème scientifique. 

Quelles difficultés rencontrez-vous lors de l’accompagnement des personnes sourdes ou malentendantes ?

interprète face à son écran en visio
crédit photo : Ksénia Vysotskaya

La première difficulté que l’on rencontre c’est de la méconnaissance de la part de la communauté sourde vis-à-vis de la communauté entendante et vice-versa. C’est également un métier méconnu et non reconnu. Pratiquement à toutes les situations d’interprétations, il nous est nécessaire d’expliquer notre rôle et notre fonctionnement de manière concise et efficace pour ne pas perdre trop de temps et ainsi mettre en lien rapidement les personnes afin qu’elles puissent communiquer en toute autonomie. 

Nous ne nous positionnons pas en tant qu’accompagnant mais en tant que professionnel linguistique présent pour faire le pont entre deux communautés linguistiques différentes. 

 

“Nous ne nous positionnons pas en tant qu’accompagnant mais en tant que professionnel linguistique présent pour faire le pont entre deux communautés linguistiques différentes. “

Qu’est-ce qui vous plait et vous motive ?

En tant qu’interprète ce qui nous motive, c’est tout d’abord la diversité du métier. Plus précisément la diversité des situations que l’on peut rencontrer lors des prestations. C’est également le challenge linguistique c’est-à-dire l’exercice d’interprétation en lui-même.

Le plaisir est évidemment de pouvoir travailler en binôme, en équipe, de pouvoir collaborer ensemble. En dernier lieu le plaisir, c’est la satisfaction d’une communication établie. 

Interprète Français<>Langue des Signes Française (LSF) est un métier trop souvent méconnu malheureusement.  Quel cursus avez-vous suivi ? Quels conseils donneriez-vous à des personnes qui auraient envie de se lancer ?

Interprète en train de signer
crédit photo : Ksénia Vysotskaya

Ce métier est enfin de plus en plus visible, heureusement ! Aujourd’hui c’est un parcours universitaire classique qui est de plus en plus connu par les futurs étudiants. Il faut obtenir une licence de n’importe quelle filière et être  bilingue français et langue des signes pour pouvoir prétendre au master d’interprétation français/langue des signes. Il est proposé à Lille, Paris, Toulouse et Rouen. 

Ce parcours demande de la curiosité dans tous les domaines : de la vie privée à la vie professionnelle afin d’être à l’aise dans tous les types de prestations futures. Notre métier requiert aussi de l’empathie, de l’humilité et de la rigueur. 

Une idée pour améliorer l’inclusion des personnes sourdes et malentendantes ?

Selon nous, l’inclusion, pour qu’elle ne soit pas un vain mot, c’est déjà changer le regard de la société sur les communautés en présence. C’est faire que les entendants n’aient pas à penser à l’inclusion d’autres personnes et donc que les choses deviennent automatiques, ce qui implique : automatiser l’accessibilité par le biais de l’interprétation en langue des signes dans tous les domaines de la vie des particuliers et des professionnels.

 C’est développer et enrichir l’offre de l’éducation bilingue sur le territoire qui aujourd’hui manque cruellement et ne permet pas à de futurs citoyens de pouvoir s’exprimer dans leur langue initiale, à savoir la langue des signes. 

C’est appliquer enfin les décrets de la loi de février 2005 et donc permettre que sur tout le territoire les citoyens sourds puissent avoir droit à la simple demande à de l’accessibilité en langue des signes. Et ce d’autant plus dans le secteur du service public.

Voilà des idées pour améliorer l’inclusion des personnes sourdes. 

Pour élargir le débat, peut-être aller tout simplement poser la question à des personnes sourdes directement pour recueillir leur point de vue sur les choses et sur ce que la société actuelle leur fait vivre en termes de manque d’inclusion.

Le mot de la fin ? 

Que le métier soit davantage connu pour que nos prestations ne soient plus exceptionnelles mais systématiques !  C’est-à-dire qu’on ne se pose plus la question de savoir si on fait appel, au pas, à un interprète. Par exemple, je suis chef d’entreprise, j’ai un rendez-vous avec un salarié sourd et bien c’est automatique : je prends l’interprète en langue des signes. Je suis médecin et je reçois un patient sourd, je prends un interprète en langue des signes. 

Durant la pandémie, on a vu, à la télévision notamment, que les discours du gouvernement ont été traduits et que l’interprète avait une place plus importante sur l’écran, fini le petit médaillon qui n’était pas lisible. Nous aimerions que cette situation perdure, que l’interprète ait toujours une place aussi importante sur l’écran pour avoir une meilleure lisibilité et une meilleure accessibilité du message. Toujours pendant la pandémie, on a pu remarquer que les interprètes étaient plus appelés pour traduire les discours. Nous aimerions que ça se passe ainsi pour  toutes les situations : il n’y a pas de situation importante pour moi, toutes les  situations sont importantes.

Enfin, nous aimerions que l’interprétation dans le milieu culturel se développe parce que chez ex aequo on apprécie particulièrement les missions culturelles. 

Publié le 6 septembre 2021

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