9e Assises Nationales de l’Accessibilité #4 – Quels défis et outils face aux nouvelles pratiques de mobilité dans les espaces publics ?

Les 13 et 14 octobre 2021 se tenaient à Paris les 9e Assises Nationales de l’Accessibilité organisées par la DMA. Nous terminons notre série d’articles sur cet événement avec une synthèse de la dernière table ronde concernant les nouvelles pratiques de mobilité dans les espaces publics. Quels sont les difficultés rencontrées par les collectivités et les usagers en situation de handicap ? Quels sont les outils disponibles pour y répondre ? Encore une fois, la collecte des données d’accessibilité tout au long de la chaîne du déplacement reste un point clé et c’est un sujet que nous n’avons pas fini de traiter sur notre webzine.

Des piétons et une cycliste se croisent à un carrefour

Des bonnes pratiques pour favoriser la marche en ville

La dernière table ronde de la session sur les données d’accessibilité était consacrée aux défis et outils face aux nouvelles pratiques de mobilité dans les espaces publics. Animée par Muriel Larrouy et Julia Zucker, celle-ci rassemblait les représentants des associations de personnes handicapées CFPSAA et APF France Handicap, du CEREMA et de la Ville de Montpellier. 

Le partage de l’espace public doit être une décision politique. Pour introduire le débat, l’élue de la ville de Montpellier en charge de l’accessibilité universelle Emilie Cabello présente la politique de la ville en la matière. Montpellier développe le réseau piétonnier et la signalisation associée pour favoriser la marche en ville. Le plan « ville marchable » implique la restriction de la place occupée par la voiture afin de libérer l’espace dévolu aux piétons, modes doux et tramway. Ceci passe aussi par l’élargissement des trottoirs de manière à permettre le déplacement des usagers en fauteuil roulant. 

La ville travaille avec le comité de liaison composé des associations et personnes en situation de handicap. Ceci permet d’analyser les besoins spécifiques et les usages pour apporter des réponses adaptées.

Dans le cadre de sa mission d’accompagnement des collectivités, le CEREMA établit des préconisations pour intégrer les nouvelles pratiques de mobilité dans les espaces publics. Travailler sur les espaces publics présente de multiples avantages. Au niveau local, ceci permet de rééquilibrer les usages et favoriser l’appropriation de l’espace par les usagers. Plus largement, l’enjeu est que les villes et centres-bourgs répondent mieux aux aspirations sociétales : sobriété, qualité du cadre de vie, inclusion, convivialité et animation locale. Au niveau du territoire, ce travail a un effet sur l’attractivité et le développement. 

Avant la crise sanitaire, il existait déjà un engagement fort pour trouver des alternatives à la voiture en ville. Mais l’épidémie de Covid-19 a fait bouger les lignes. Pendant le premier confinement, le trafic routier s’est effondré, les transports en commun se sont vidés et les solutions de déplacement qui permettent la distanciation physique, comme le vélo et la marche, ont connu un essor fulgurant. Lors du déconfinement, il a fallu repenser l’espace public en accordant plus de place aux piétons. Les queues devant les magasins, les centres de dépistage et plus tard les centres de vaccination ont nécessité une extension des zones réservées aux piétons. On a également constaté un engouement pour l’apaisement de la vitesse avec une généralisation croissante du 30 km/h en ville. Les associations sont également plus visibles avec des initiatives en faveur de la marche à pied comme le baromètre des villes marchables et les premières assises de la marche en ville. Des difficultés sont cependant apparues du fait de l’urgence des aménagements provisoires. On a assisté à de nombreux conflits entre piétons et cyclistes et l’accessibilité aux personnes handicapées s’est trouvée dégradée. 

personne aveugle traversant la rue grâce à un feu sonore

Des repères tactiles et sonores indispensables aux personnes déficientes visuelles

Thierry Jammes, président de la commission accessibilité de la CFPSAA, rappelle les besoins fondamentaux des personnes aveugles ou malvoyantes lors de leurs déplacements. Afin de se diriger et s’orienter dans l’espace public, celles-ci s’appuient sur un fil d’Ariane, traditionnellement constitué par la bordure du trottoir. Les abaissements de trottoirs aux passages pour piétons permettent de repérer les traversées et les feux sonores de savoir quand s’engager. Les personnes déficientes visuelles se guident avec des indices tactiles et auditifs. 

Mais les centres-villes sont aujourd’hui entièrement redessinés par la présence du tramway. Le niveau de la voirie s’est abaissé dans un périmètre allant jusqu’à 100 mètres autour des voies. Une fois que les villes ont réglé la problématique de l’accès en fauteuil roulant, elles pensent qu’elles ont réglé toutes les problématiques d’accessibilité. Cependant, la suppression des dénivellations atténue considérablement les repères pour les personnes déficientes visuelles qui se sentent alors laissées de côté. 

Permettre l’orientation des personnes en situation de handicap est un objectif clairement défini dans la loi du 11 février 2005. Avant d’appliquer les textes réglementaires, il est important de comprendre les handicaps. Il faut mettre le paquet sur la sensibilisation et la formation. La déficience visuelle est difficile à cerner. Les trottoirs larges sont bénéfiques pour tout le monde, mais sans une bande podotactile d’interception, les personnes déficientes visuelles sont incapables de trouver les passages piétons. La ville de Paris va prévoir un guidage sur les places publiques qui représentent jusqu’ici un point noir. C’est une très bonne chose que la place de la voiture en ville recule mais il est désormais de plus en plus difficile pour les piétons déficients visuels de se guider sur le bruit des flux de circulation, en particulier à cause des véhicules silencieux. 

Un besoin de formation des acteurs de l’aménagement urbain

Feux sonores avec boitier externeAprès ce témoignage des difficultés rencontrées par les personnes aveugles ou malvoyantes, la ville de Montpellier confirme l’importance de la formation. Une mise en situation avec un bandeau sur les yeux permet de comprendre immédiatement l’importance d’un fil d’Ariane tactile. La vérification du bon fonctionnement et la maintenance des feux sonores sont également des points essentiels. 

 

Le témoignage de Nicolas Mérille de l’association APF France Handicap va dans le même sens. Il dénonce le manque criant de formation des techniciens, architectes et urbanistes. On constate sur le terrain une absence de prise en compte de l’ensemble des usages. Quand concertation il y a, celle-ci intervient trop tardivement et ceci génère de la frustration, aussi bien des usagers que des élus et techniciens qui ont travaillé sur le projet. Il est essentiel de répertorier en amont des cahiers des charges les besoins de tous les usagers, personnes avec des handicaps bien sûr, mais aussi commerçants, livreurs, éboueurs, etc. 

Des recommandations pour un cadre de vie agréable et attractif

Pour conclure ces échanges, le CEREMA livre ses recommandations pour créer des cadres de vie plus agréables et attractifs. Il s’agit d’abord de faciliter l’accès au logement, aux arrêts de transports en commun, aux commerces et aux services. Pour cela, il est important de traiter la continuité des cheminements et la question des interfaces, d’assurer des repères visuels et tactiles tout au long du cheminement. 

Le choix des revêtements de sol doit se faire en tenant compte de leur qualité, de leur praticabilité et de leur pérennité pour éviter les traitements coûteux a posteriori. 

Le désencombrement de l’espace représente un autre point crucial. Il faut alors prendre en compte dans les aménagements la question des terrasses, containers à ordures, engins de déplacement personnels, etc., aussi bien au moment de la réalisation que sur la durée. 

Sur le plan méthodologique, il est important de commencer par comprendre les stratégies de déplacement et les freins à la mobilité pour avoir une vision qualitative des difficultés que pose l’environnement urbain. Parmi les outils mobilisables, on peut utiliser les parcours commentés, les référentiels, les revues de projets, etc.

Enfin, il s’avère nécessaire de hiérarchiser les contraintes. La collecte des données d’accessibilité devrait permettre de mettre l’accent sur des zones prioritaires et de définir des itinéraires structurants, par exemple autour des pôles générateurs de déplacements. Ce travail a déjà été réalisé pour les jeux olympiques Paris 2024 et mis à disposition par le CEREMA sous forme de guide méthodologique.

 

Dans un contexte où les pratiques de mobilité évoluent continuellement, on constate que les questions d’accessibilité aux personnes en situation de handicap rejoignent les enjeux liés à l’attractivité des territoires et au bien-être des usagers en général. La collecte des données d’accessibilité représente un moyen désormais incontournable pour piloter les politiques publiques d’aménagement et améliorer la qualité d’usage au-delà des aspects réglementaires. Nous reviendrons dans nos prochains articles sur les bonnes pratiques utilisées pour décrire l’accessibilité de la voirie, des transports et des ERP.

Retrouvez les 3 premiers épisodes de notre série sur les 9e Assises nationales d’accessibilité :

9e Assises Nationales de l’Accessibilité #1 – Un point d’étape sur la politique d’accessibilité en France

9e Assises Nationales de l’Accessibilité #2 – La collecte des données d’accessibilité voirie et transports

9e Assises Nationales de l’Accessibilité #3 – La collecte des données d’accessibilité dans les ERP

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Lise

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Créer une culture commune entre tous les acteurs engagés pour rendre la ville et ses services accessibles à toutes les personnes qui vivent avec un handicap, c’est ce qui m’anime au quotidien !
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