Prendre le train quand on est aveugle. Oui mais comment ?

S’orienter dans une gare, trouver le bon quai, monter dans le train à temps, trouver sa place dans le wagon puis descendre et trouver la sortie à l’arrivée. Tout ceci est banal pour qui voit bien. Mais pour une personne non-voyante, ces étapes représentent un vrai parcours du combattant. Gares complexes, taux de fréquentation, aléas des horaires, grèves, travaux ou accidents sont autant de facteurs de stress auxquels les personnes porteuses de handicap visuel sont soumises.

Vous vous demandez comment les aveugles font pour prendre le train ? Accompagnement, équipements, nous vous expliquons tout ici. Montez à bord !

3 façons de compenser la perte d’autonomie du voyageur aveugle ou malvoyant

Le point déterminant pour une personne malvoyante ou aveugle est la prise en compte de son degré d’autonomie. Voyage-t-elle accompagnée par un proche pendant toute la durée de son déplacement ? A-t-elle recours à un service d’assistance une fois arrivée en gare ? Ou bien se déplace-t-elle en totale autonomie ?

Chaque approche relève du choix de chacun en fonction de son aisance dans les déplacements.

Chien d'aveugle

L’accompagnement par un proche : comment s’y prendre ?

Il n’est pas rare de voir une personne non-voyante accompagnée lors de ses déplacement. En effet plusieurs cas se présentent. Soit le voyage est organisé à plusieurs et tous les voyageurs se rendent ensemble à la même destination. Soit la personne non-voyante demande à une personne de son entourage de l’accompagner. Reste à trouver une personne de confiance disponible. Pas facile quand son entourage est déjà bien occupé !

Astuce : la SNCF propose des réductions en France pour les accompagnateurs.

En quoi consiste le recours au service d’assistance ?

Une alternative est le recours à un service d’assistance, une fois arrivé à la gare (par ses propres moyens). La SNCF offre la possibilité à toute personne handicapée qui en fait la demande d’accéder au service Acces Plus. Entièrement gratuit, il permet aux personnes à mobilité réduite d’être accueillies puis conduites jusqu’à leur place dans le train. Le chef de bord est prévenu et s’assure du bon fonctionnement pendant la durée du trajet. Un agent vient ensuite chercher la personne à destination et la conduit jusqu’à la sortie.

Cet accompagnement partiel présente néanmoins quelques contraintes : l’obligation de réserver 48 heures à l’avance et d’arriver 30 minutes avant le départ de son train. Ce qui limite la spontanéité !

Les aveugles peuvent-il voyager en autonomie totale ?

La troisième option est l’autonomie totale de l’usager sur l’ensemble de son voyage. Et c’est d’ailleurs l’objectif de la loi “ Handicap ” de 2005. Elle demande aux responsables d’exploitation des gares un véritable travail en profondeur.

Le groupe public SNCF a inscrit l’accessibilité dans sa stratégie ferroviaire bien avant la loi de 2005. Il s’est engagé à la mise en accessibilité des infrastructures parfois centenaires et des trains à travers un Schéma Directeur National d’Accessibilité qui décrit les étapes de la mise en place de ses engagements.

L’approche du groupe SNCF est ambitieuse en termes d’accessibilité, notamment pour favoriser l’autonomie des personnes malvoyantes et non-voyantes sur le réseau. Le rapport sur l’accessibilité de 2017 du groupe annonce : “Toujours plus de gares, de trains et de services accessibles aux voyageurs à mobilité réduite”. Lors d’un précédent article consacré aux engagements et aux projets en] terme d’accessibilité de la SNCF, Carole Guéchi, Directrice de l’Accessibilité SNCF faisait part de sa volonté à tout mettre en oeuvre pour faciliter le déplacement de tous.

Entre la mise en accessibilité des gares, le renouvellement du matériel roulant, l’assistance par du personnel formé et les services digitaux, la SNCF œuvre pour offrir toujours plus d’autonomie et de liberté aux voyageurs à besoins spécifiques.”

Main courante train

Flash sur les équipements

Voici un tour d’horizon des différents équipements mis à disposition des personnes porteuses de handicap visuel à leur arrivée en gare et à bord du train.

Les équipements en gare

À son arrivée en gare, la personne non-voyante peut s’orienter grâce à un système de guidage à la fois podotactile et sonore. Des balises sonores directionnelles offrent aux usagers déficients visuels la possibilité de savoir où ils se trouvent à tout moment dans la gare. Ces balises sont d’une grande aide pour s’orienter de manière précise dans un lieu aussi complexe et sont particulièrement appréciées des usagers sur l’ensemble des réseaux de transports.

À ce maillage sonore vient se greffer un marquage au sol via des bandes de guidage au sol.

Allier les deux solutions est en effet la combinaison idéale !

L’accès aux infrastructures ferroviaires par tous se traduit aussi par d’autres aménagements qui facilitent le quotidien des personnes aveugles et malvoyantes mais aussi de tous les voyageurs :

  • information en braille et en relief dans les ascenseurs et sur les mains courantes
  • bandes d’éveil de vigilance pour signaler les quais et les escaliers
  • portes automatiques
  • ascenseurs et escaliers mécaniques
  • contremarches et nez de marches contrastés
  • mains courantes
  • accès prioritaires
  • services de bagages…

Train

À ces équipements s’ajoute un volet numérique via des applications mobiles inclusives. L’application SNCF informe notamment en temps réel du statut des trains et propose un itinéraire personnalisé. Pour permettre la mise en relation avec les voyageurs handicapés, le groupe ferroviaire met également à disposition des agents de gare l’application Andilien.

D’autres application expérimentales telles “Guidage sur bandes podotactiles” sont en cours de développement. Cette dernière allie la technologie des balises avec les bandes de guidage pour aider les personne ayant une  cécité à s’orienter de façon autonome dans une gare. Affaire à suivre…

Les équipements à bord du train

Sur le quai, un dispositif de vocalisation des informations du train au niveau des portes appelé Aide au Repérage des Portes (ARP) facilite l’embarquement en toute autonomie.

Une fois à bord, les personnes qui sont accompagnées d’un chien-guide devront trouver de la place pour leur fidèle compagnon. Dans les TER récemment rénovés, de l’espace a été aménagé sous les sièges, mais pas à bord des TGV. Des priorités au confort des passagers de longs trajets sont invoquées. Si l’espace sous le siège est insuffisant, le chef de bord peut éventuellement proposer un replacement dans un espace plus spacieux.

Aussi, les trains neufs sont équipés d’un Système d’Information Voyageurs Embarqués (SIVE) qui diffuse des messages d’annonces sonores de manière automatisée. Quant aux serrures tactiles, elles permettent aux personnes ayant un handicap visuel de connaître l’état d’occupation des toilettes grâce à la forme bombée, creuse ou en croix pour signaler respectivement si les toilettes sont occupés, libres ou hors service.

EN RÉSUMÉ

La loi de 2005 sur l’accessibilité cible l’autonomie grâce aux compensations humaines et matérielles dans les gares et à bord des trains. L’enjeu est avant tout de favoriser l’autonomie des personnes  non voyantes et malvoyantes et plus globalement de l’ensemble des usagers sur le réseau ferroviaire. Les aménagements doivent non seulement répondre aux impératifs légaux mais surtout aux besoins des usagers.

Si vous êtes un acteur d’un réseau de transport public, vous savez ce qu’il vous reste à faire !

Pour aller plus loin : Découvrez l’interview complète de Carole Guéchi, Directrice de l’Accessibilité SNCF.

Mis en ligne le 10 avril 2019

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