Comment font les aveugles pour traverser la rue en sécurité ?

Localiser un passage piéton, s’engager au bon moment, atteindre le trottoir d’en face sans dévier au milieu de la rue, rien que de très banal pour un piéton lambda. Mais tout se complique quand on perd la vue ! Tout particulièrement dans nos environnements urbains modernes où de plus en plus de modes de déplacement se côtoient. Les personnes aveugles et malvoyantes n’ont d’autre solution que de se fier à leurs sens valides comme l’ouïe et le toucher. Encore faut-il qu’elles puissent s’appuyer sur des indices clairs, et c’est là où le respect de la réglementation accessibilité applicable à la voirie et aux espaces publics prend tout son sens !

Les indices visuels et tactiles pour localiser un passage piéton

Pour les personnes malvoyantes ayant encore la perception des différences de luminosité, les bandes blanches qui marquent les passages piétons sont essentielles. Elles constituent aussi un excellent repère pour les chiens guides d’aveugles, à qui on donne l’ordre de « chercher les lignes ». C’est donc un élément fiable qui doit persister absolument !
Les personnes non-voyantes circulant avec une canne ont en revanche plus de difficultés. Elles repèrent d’abord approximativement les emplacements des passages piétons grâce au bruit de la circulation automobile. Ensuite, elles recherchent la présence d’une bande d’éveil de vigilance. Celle-ci doit donc présenter un bon contraste tactile avec le revêtement du trottoir. Son contraste visuel est aussi une aide pour les malvoyants, car il est en général plus durable que le contraste des bandes peintes sur la chaussée.

Feux sonores, une aide pour les personnes déficientes visuellesL’écoute pour s’engager au bon moment et garder sa trajectoire

Savoir à quel moment la voie est libre pour traverser en sécurité est sans doute l’une des tâches les plus angoissantes pour une personne aveugle ou malvoyante. L’ouïe est alors le principal sens sollicité à cette étape.
Mais il ne suffit pas d’écouter ! Il faut aussi savoir analyser les flux de circulation : le nombre de voies à traverser, le type de véhicules (voitures, vélos, tram…), la présence d’un feu de signalisation, les règles de priorité, etc. Ces compétences s’acquièrent par des cours de locomotion. L’instructeur de locomotion est un professionnel qui enseigne aux personnes déficientes visuelles comment se déplacer et s’orienter en sécurité. C’est aussi grâce à cet apprentissage qu’une personne aveugle ou malvoyante sait comment conserver son orientation tout au long de sa traversée.

Les limites de l’exercice

Les bandes blanches des passages piétons, les bandes d’éveil de vigilance, les cours de locomotion…, vous n’aviez jamais pensé à tout ça ? Vous vous dîtes probablement qu’il est formidable que tout cela existe et vous avez raison ! Malheureusement, ça ne suffit pas et de nombreux paramètres compromettent ces aides.

  1. Les passages piétons s’effacent avec le temps et le passage des véhicules. La maintenance de la peinture n’est pas toujours réalisée de manière à conserver un bon contraste visuel. Elle est pourtant essentielle ! Par ailleurs, tous les aménagements visant à remplacer le marquage traditionnel des passages piétons par des clous métalliques ou des pavés sont à proscrire car ils sont trop peu visibles.
  2. Les bandes d’éveil de vigilance ne sont pas toujours implantées de manière à constituer un repère efficace. Ceci est dû au fait qu’il existe une confusion sur leur usage en voirie. A l’origine, les bandes d’éveil de vigilance ont exclusivement une fonction d’alerte. Elles signalent le passage du trottoir à la chaussée lorsqu’il n’y a pas ou peu de dénivellation entre les deux. Elles sont faciles à détecter lorsqu’elles se situent sur un abaissement de trottoir repérable par l’inclinaison de sa pente. Cependant, les aménagements urbains où le trottoir est au même niveau que la chaussée se généralisent pour faciliter le déplacement des personnes à mobilité réduite. Ceci engendre une perte de repères pour les personnes déficientes visuelles et rend beaucoup plus difficile la recherche des bandes d’éveil de vigilance. N’oublions pas non plus que, sous les feuilles mortes ou la neige, le relief n’est plus du tout perceptible !
  3. La multiplicité des véhicules empruntant la chaussée complique l’analyse de la circulation à l’oreille. D’autant plus que de nombreux véhicules quasi silencieux comme les vélos ou les voitures électriques cohabitent avec d’autres extrêmement bruyants comme les engins de travaux ou les laveuses. De plus, l’absence de dénivellation ou repères tactiles entre les différentes voies rend impossible leur identification.
  4. Enfin, les personnes déficientes visuelles qui ont accès à des cours de locomotion sont peu nombreuses. Cette profession est rare et peu représentée en dehors des grandes villes. D’autre part, l’évolution rapide de l’environnement urbain nécessiterait une mise à jour constante des apprentissages, ce qui est loin d’être possible aujourd’hui.

Les feux sonores, une solution incontournable

Qu'est ce qu'un feu sonore ?Dans ce contexte, la signalisation sonore sur les feux piétons ou autres mobiliers urbains est aujourd’hui indispensable. Bien sûr, l’utilisation des feux sonores nécessite aussi un certain apprentissage pour les piétons aveugles et malvoyants. Mais ils solutionnent bon nombre de difficultés et c’est la raison pour laquelle ils sont imposés par la réglementation accessibilité de la voirie et des espaces publics.

  1. Les feux sonores facilitent la localisation du passage piéton. Parce qu’ils sont activables à distance avec une télécommande ou un smartphone, les feux sonores permettent aux personnes déficientes visuelles de localiser plus facilement une traversée piétonne. Il leur suffit de s’orienter vers la source sonore.
  2. Les feux sonores indiquent le bon moment pour s’engager sur une traversée piétonne. Même si l’écoute des flux de circulation reste indispensable pour ne pas risquer l’accident avec un véhicule en infraction, les feux sonores facilitent beaucoup la prise de décision. Un court jingle appelé « sonorité de début de vert » marque très bien le passage de la phase rouge à la phase verte de la figurine piétonne.
    Le message rouge personnalisé avec le nom de la rue permet au piéton déficient visuel de bien distinguer la rue qu’il veut traverser de la perpendiculaire.
  3. Les feux sonores permettent de conserver son orientation tout au long de sa traversée.
    Toujours grâce à la diffusion du son, les personnes déficientes visuelles peuvent s’orienter plus facilement pendant leur traversée en écoutant le feu situé sur le trottoir d’en face. Pour cela, il est essentiel que l’implantation des feux sonores soit bien réalisée, le plus proche possible de l’axe du passage piéton.
    Même lorsque les feux de signalisation sont supprimés, pour fluidifier la circulation par exemple, il est possible d’installer des balises sonores sur les façades ou intégrées dans le mobilier urbain pour continuer à fournir les indices sonores indispensables aux déficients visuels.

Vous l’aurez compris, les traversées de rue représentent un énorme défi pour les personnes aveugles et malvoyantes, et pas seulement à cause des conflits avec les véhicules ! La localisation des limites de la chaussée, des passages piétons, le maintien de sa direction sont des enjeux tout aussi importants. Un aménagement de voirie accessible doit donc bien prendre en compte tous ces besoins.

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