“Accessibilité numérique : quelle définition ?” Interview de Sébastien Delorme – Société ATALAN (1ère partie)

Sébastien Delorme est responsable accessibilité et associé dans la société ATALAN, cabinet de conseil en accessibilité numérique et sensibilisation au handicap. Il nous apporte son éclairage sur ce sujet qui, tout comme l’accessibilité à la voirie, aux transports ou aux bâtiments, participe à l’inclusion de tous. Pas besoin d’être un expert pour commencer à appliquer des bonnes pratiques, lisez plutôt !

 

Sébastien Delorme, accessibilité numérique, définition

Sébastien Delorme, responsable accessibilité et associé dans la société ATALAN

Bonjour Sébastien Delorme, merci d’avoir accepté cette interview. Pour commencer, pouvez-vous nous présenter la société ATALAN ?

Bonjour. La société ATALAN est une structure de 7 personnes spécialisée en accessibilité numérique et sensibilisation au handicap. Elle existe depuis 2003, à savoir bien avant que l’accessibilité ne devienne une obligation légale. C’est donc pour nous un vieux combat.

Nous accompagnons les entreprises, publiques ou privées, sur la prise en compte du handicap. Nous avons 3 champs d’activité principaux : le conseil en accessibilité numérique, la formation et l’audit.

Notre volet formation s’adresse aux développeurs, informaticiens, graphistes, équipes de communication, en résumé tous les professionnels amenés à créer des supports d’information et de communication numériques. Nous sommes convaincus que l’amélioration de l’accessibilité numérique passera par l’appropriation du sujet par les professionnels et l’échange de bonnes pratiques.

Notre activité d’audit et d’accompagnement de projet concerne aussi bien les sites web que les logiciels et applications, les fichiers et interfaces.

Nous pouvons aussi bien intervenir sur des supports existants pour identifier et corriger les points faibles qu’accompagner une entreprise dans une refonte complète de ses supports de communication. Comme pour l’accessibilité physique, il est toujours plus simple et moins coûteux de prendre en compte l’accessibilité numérique dès la conception. Et la formation des équipes permet de les rendre autonomes par la suite.

 

Comment définiriez-vous l’accessibilité numérique pour nos lecteurs néophytes ?

L’accessibilité numérique est pour nous le fait de donner accès à l’information et à toutes les fonctionnalités d’un site web, d’un logiciel ou d’une application pour tous, y compris pour les personnes en situation de handicap. Je parle de « fonctionnalités », car c’est bien de ça dont il s’agit quand on doit déclarer ses impôts, consulter sa consommation électrique ou payer une facture en ligne.

On a tous une difficulté d’accès à un moment ou à un autre. Ajouter des sous-titres sur une vidéo sert avant tout aux personnes sourdes ou malentendantes, mais aussi par exemple à n’importe qui dans un contexte où on ne peut pas mettre le son sur son appareil comme dans un train ou une salle d’attente. C’est aussi bien utile pour tous ceux qui maîtrisent mal la langue. Autre exemple, on est bien content que les couleurs soient contrastées quand on doit lire sur un écran en plein soleil.

Quand on parle de numérique, ça concerne évidemment les sites internet mais aussi tout ce qui passe par un écran comme les bornes de réservation ou automates de vente. Et on doit tenir compte aussi bien de la coquille que du contenu.

 

On a beaucoup entendu parler l’année dernière de la loi pour une république numérique. Quelles sont aujourd’hui les obligations des entreprises en matière d’accessibilité ?

La loi pour une république numérique a précisé et élargi l’article 47 de la loi du 11 février 2005. Celui-ci concernait tous les services de communication en ligne des services de l’Etat, des collectivités territoriales et des établissements publics qui en dépendent. La nouvelle loi pour une république numérique a étendu l’obligation aux entreprises privées ayant une mission de service public et aux autres entreprises privées à partir d’un certain seuil de chiffre d’affaires. Mais nous sommes toujours dans l’attente des décrets d’application.

En dehors de cette loi, d’autres textes ont un impact dans ce domaine. Une directive européenne impose également l’accessibilité de tous les sites internet et applications mobiles des organismes publics. La loi travail impose par ailleurs aux employeurs d’assurer l’accessibilité des logiciels installés sur les postes de travail des salariés handicapés. L’objectif est de leur fournir les moyens de travailler efficacement.

Autre cas, nous avons certains clients qui s’engagent sur le sujet de l’accessibilité numérique en raison de pressions juridiques concernant leurs sites américains. La loi américaine est en effet très contraignante. La procédure du recours collectif, « class action », fait peser sur les entreprises la menace d’un procès avec des pénalités pouvant s’élever à plusieurs millions de dollars.

 

On constate quand même que certaines entreprises n’attendent pas la contrainte légale pour s’intéresser au sujet. Quelles sont les raisons qui les incitent ?

Parmi nos clients, nous constatons que beaucoup d’entreprises ont compris l’importance de l’accessibilité numérique pour leur image de marque. Elles en font aussi un avantage concurrentiel. L’esprit de communauté est très fort chez les personnes handicapées et le bouche-à-oreille va très vite dès lors qu’un service est accessible.

Par exemple, les personnes aveugles et malvoyantes se plaignent très souvent, à juste titre, de l’inaccessibilité de leurs services bancaires. Il y a fort à parier que la première banque qui rendra tous ses services parfaitement accessibles gagnera de nombreux clients parmi cette communauté. Pour preuve, l’application Uber est, elle, très populaire auprès de ce public en raison de sa facilité d’utilisation !

Depuis 2003, les choses ont bien progressé, au moins dans les mentalités. De plus en plus de personnes ont entendu parler du sujet et sont sensibilisées. On voit apparaitre de plus en plus de cahiers des charges et d’appels d’offres qui tiennent compte de l’accessibilité.

Au-delà du retour sur investissement, les entreprises engagées pour l’accessibilité numérique voient les économies réalisées. Comme pour l’accessibilité physique, on a tendance à mettre l’accent sur le coût des adaptations. Mais on tient rarement compte du coût de l’inaccessibilité, de l’exclusion de toute une catégorie de la population. C’est certes difficile à chiffrer. Mais pour une entreprise, un salarié handicapé qui ne peut pas réaliser ses tâches ou dont la carrière est bloquée à cause de problèmes d’adaptation de son poste, c’est du concret.

 

Vous voulez en savoir plus ? Restez connectés – la suite de l’interview la semaine prochaine !

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