La surdité dans tous ses états par le CEREMA – 1ère partie

Prendre en compte les besoins liés aux déficiences auditives au profit de tous, tel était le thème de la 14e journée d’échanges nationale « Ville Accessible à Tous », organisée par le CEREMA le 5 avril dernier. Au travers de tables rondes sur les besoins des personnes sourdes et malentendantes, des solutions humaines ou techniques, de la sécurité et des nouvelles technologies, tous les aspects de l’accessibilité auditive ont été abordés. Dans cet article, nous revenons sur les besoins des personnes sourdes ou malentendantes, chiffres à l’appui. 

Une population hétérogène, des besoins variés

Après l’ouverture de la journée par le directeur adjoint du CEREMA Territoires et Ville, Benoit Walckenaer, nous sommes tout de suite rentrés dans le vif du sujet : Qui sont ces personnes sourdes ou malentendantes ? Quels sont leurs besoins ?
Pour répondre à ces questions, René Bruneau, Président du Mouvement Des Sourds de France et Vice-président de l’Union pour l’insertion sociale des Déficients auditifs (Unisda), et Dominique Dufournet, Vice-Président de l’Union des associations de personnes malentendantes et de venues sourdes (Bucodes SurdiFrance) se sont relayés. Tout cela sous la houlette de Laurent Saby du CEREMA.

chiffres et définition handicap auditif, malentendant, sourd, ceremaUn handicap invisible

La déficience auditive, que la surdité soit totale ou partielle, est un handicap invisible. Les personnes concernées représentent une population très hétérogène. Selon le degré de déficience, les fréquences acoustiques perdues (graves ou aiguës, l’âge de survenue du handicap…, les répercussions sur la vie quotidienne sont très diverses. Les personnes déficientes auditives entendent moins, mais surtout moins bien.

Pour vous faire une idée, comme Dominique Dufournet nous l’a fait expérimenter le 5 avril, vous pouvez utiliser le simulateur de perte auditive de la clinique auditive québécoise Bouchard Tremblay.

Vous vous rendrez immédiatement compte que le bruit ambiant accentue la gêne ressentie.

L’acceptation du handicap est très variable d’une personne à l’autre. Celui-ci est généralement très mal vécu par les personnes âgées qui se sentent diminuées. A l’inverse, certains sourds de naissance le portent presque comme une fierté.

Contrairement aux malentendants qui sont gênés par le bruit, les sourds profonds n’ont pas ce problème. Mais comme le dit René Bruneau, « Pour une personne sourde, regarder quelqu’un parler revient à observer un poisson dans son aquarium. Encore pire si l’interlocuteur porte barbe et moustache ! »
Les sourds ont un esprit de communauté très fort. Ceci vient peut-être du fait qu’ils ont été cachés pendant des siècles. Certaines personnalités, comme Emmanuelle Laborit, ont contribué à les faire sortir de l’ombre. L’actrice est la première à avoir traduit la Marseillaise en langue des signes.

En ce qui concerne les personnes malentendantes, comme l’a expliqué Dominique Dufournet, ce sont en grande partie des personnes dont la déficience auditive a été acquise au cours de la vie, mais pas obligatoirement à un âge avancé. Ces personnes ont donc une culture « entendante », « oralisante. » Certes, la déficience auditive touche plus d’une personne sur deux à partir de 90 ans. Mais il faut bien avoir à l’esprit que la grande majorité des personnes malentendantes ont entre 50 et 75 ans, car cette tranche d’âge représente une proportion bien plus grande de la population générale.

Plus de 10 millions de personnes concernées par une limitation fonctionnelle auditive

Il faut aussi bien distinguer la perte d’audition de la limitation fonctionnelle auditive. Cette dernière recouvre tous les troubles de l’audition ayant des répercussions sur la vie quotidienne, comme des acouphènes très envahissants ou une hyperacousie.

Selon une étude de la DREES intitulée Etude quantitative sur le handicap auditif à partir de l’enquête « Handicap – Santé », on estime à un peu plus de 7 millions le nombre de personnes ayant une déficience auditive en France. Quand on parle de « limitation fonctionnelle auditive, le chiffre passe à 10 millions !

Les principales conséquences des limitations auditives sont les difficultés à suivre une conversation à plusieurs, à supporter le bruit, et la fatigue engendrée par la concentration. Les lieux qui cumulent le plus de difficultés pour les personnes malentendantes sont les restaurants. Les lieux de convivialité en général sont sources de malaise. Mais la rue et les transports posent également beaucoup de problèmes de sécurité et d’accès à l’information.

Quelques moyens de compensation

Le premier moyen de compensation de la perte d’audition est le port d’appareils auditifs. Ceux-ci se concentrent sur les fréquences de la voix. Le réglage des appareils est très complexe et dépend de chaque personne. Il nécessite souvent une rééducation.

Une autre solution est l’implant cochléaire. Ce dispositif électronique envoie directement des signaux au cerveau, ce qui permet de restaurer l’audition chez des personnes avec une perte auditive sévère à profonde.

Pour les personnes sourdes, en plus des problèmes de communication, ce sont les difficultés d’accès à l’information qui sont les plus handicapantes : actualité, informations voyageurs, annonces des perturbations, etc.

Selon l’étude de la DREES, 283 000 sourds pratiquent la langue des signes française (LSF). Le langage parlé complété (LPC) est un autre moyen d’aide à la communication utilisé par les sourds « oralisants. » Ce dernier permet en général une meilleure maîtrise de la langue française.

Restez connectés, nous publierons très prochainement la suite de la synthèse de cette journée. Au sommaire : un focus sur les solutions de compensations et les pistes d’amélioration concernant la sécurité et l’accès à l’information dans la ville intelligente !

 

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