Pourquoi l’éclairage et le contraste visuel sont clefs pour une bonne accessibilité | Interview de François Vital Durand de l’AVH

Ancien Directeur de recherche à l’Inserm, aujourd’hui Président du comité du Rhône de l’association Valentin Haüy, François Vital-Durand nous aide à comprendre comment améliorer l’éclairage et les contrastes visuels pour les personnes malvoyantes, un aspect essentiel d’une accessibilité réussie !

 

Bonjour Monsieur Vital-Durand, pouvez-vous vous présenter et présenter votre association ?

J’ai été Directeur de recherche à l’Inserm. Je travaillais sur le développement et le vieillissement de la vision. J’ai créé la consultation Bébé Vision. Celle-ci permet de mesurer ce que voit un nourrisson qui ne parle pas encore et de prendre en charge un défaut éventuel de sa vision. Ensuite, j’ai travaillé sur la réhabilitation des personnes dont la vision se dégrade. Enfin, j’ai pris la présidence du comité de Lyon et du Rhône de l’association Valentin Haüy. Nous offrons une quantité d’activités et de services pour aider à la vie quotidienne des personnes malvoyantes ou non-voyantes. Nous vivons de la générosité publique avec quelques salariés et de nombreux bénévoles.

 

Pouvez-vous nous expliquer la malvoyance en quelques mots et les besoins spécifiques des personnes concernées en matière d’éclairage ?

Il y a en France 1,7 million de malvoyants et 60 000 non-voyants. La cause principale en est la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA). Les patients perdent la vision centrale mais peuvent éventuellement utiliser les zones épargnées de la rétine. De nombreuses maladies affectent la vision, le glaucome, le diabète, les maladies d’origine génétique comme la maladie de Usher ou celle de Leber, les accidents, etc. Indépendamment de la baisse ou de la perte de l’acuité et du champ visuel, il intervient dans pratiquement tous les cas une gêne à l’éblouissement qui peut être très importante. Ainsi, certaines personnes doivent porter des filtres solaires, en plus d’une visière, dès qu’elles sortent de chez elles mais ne peuvent pas non plus attendre le crépuscule car elles n’y voient plus rien du tout. En somme, ces personnes ne sont à l’aise que dans une faible marge d’éclairement. La variété des inconforts est très grande et pas toujours facile à compenser.

Il faut aussi bien avoir à l’esprit que la sensibilité à la lumière évolue avec l’âge. Après 70 ans, la grande majorité des gens se trouve gênés par un éclairage trop fort  ou en plein air.

Exemple de baisse d'accuité

Exemple de baisse d’accuité

On voit que c’est un sujet complexe. Cependant, existe-t-il des compromis en matière d’éclairage et de contrastes qui seraient satisfaisants pour la majorité des malvoyants ?

Lors d’une expérimentation réalisée sur un éclairage public, nous avons observé que les personnes malvoyantes ne pouvaient s’accorder sur le niveau d’éclairement optimal, les uns demandant davantage de lumière et les autres demandant un éclairage plus faible, moins éblouissant. Mais tout le monde s’accorde pour que les bords de trottoirs et les obstacles soient contrastés. Les potelets qui peuplent les trottoirs pour tenter de réduire les incivilités des automobilistes aux dépens des piétons de toutes sortes devraient avoir au moins le sommet contrasté.

Ces éléments varient avec chaque type de maladie de sorte que deux paramètres doivent être considérés : le niveau d’éclairement et sa source. La source de lumière doit être située hors du champ de vision, soit sous une gouttière par exemple, de toutes façons en éclairage indirect. A cet égard, les éclairages enterrés dans le sol du trottoir, tels que l’on en observe pour éclairer certains monuments, sont une ignominie, même pour les biens voyants. Les grandes surfaces blanches, surtout si elles sont brillantes sont à proscrire pour tout le monde. D’autre part, la qualité de la lumière est importante. Dans la majorité des cas, elle doit se rapprocher de la lumière blanche qui se mesure en degrés Kelvin. Dans d’autres cas, il faut rappeler que la lumière jaune est la plus visible. Elle est donc préférée par les personnes qui sont très éblouie et peuvent voir en faible éclairement.

L’éclairage doit être le plus homogène possible dans un même espace. Ceci permet d’éviter les zones d’ombre et les transitions d’une zone sombre à une zone suréclairée, transitions qui posent de gros problèmes à la plupart des personnes malvoyantes. Comme leurs yeux ne peuvent pas s’adapter assez rapidement, celles-ci se trouvent souvent en danger.

 

Le contraste visuel représente un autre aspect essentiel de l’accessibilité aux personnes malvoyantes. Pouvez-vous nous expliquer comment on l’obtient ?

Le contraste visuel, c’est l’opposition plus ou moins marquée entre les zones claires et sombre de l’objet visuel. On parle de contraste pour la luminance, c’est-à-dire pour la quantité de lumière réfléchie par l’objet par rapport au fond ou à une autre partie de l’objet. La notion de contraste s’applique aussi bien à la couleur qu’au son, au toucher et à toutes sensations. En pratique, il s’agit de distinguer un stimulus par rapport à son environnement, un gris sombre sur un gris clair,  du noir sur du blanc, une couleur sur une autre couleur. Exemple : je mets une cravate bleu-marine sur ma chemise blanche pour m’assurer que tout le monde me voit.

payasage avec un ciel gris

Exemple d’atténuation des contrastes : le ciel gris !

Le contraste maximum est constitué par la juxtaposition du noir et du blanc. Mais attention, le contraste maximum peut être pénible à regarder quand il s’agit de motifs répétitifs, comme des rayures. En pratique, on utilise souvent l’orange sur fond noir comme sur les panneaux des transports en commun. La signalétique doit tenir compte de cette notion qui impacte sur la vie quotidienne : perception des panneaux des noms de rues, des textes en général, des bords de marches d’escaliers, des passages piétons et de tout ce qui encombre les passages publics : potelets, poubelles, poteaux divers.

L’association Valentin Haüy met à disposition un cercle des contrastes, noir et blanc et couleurs, qui indique le niveau de contraste de chaque juxtaposition. On y voit bien qu’il faut utiliser des contrastes supérieurs à 70% pour être visibles par le plus grand nombre. Ceci s’applique évidemment aux marches d’escaliers, aux chambranles et poignées de portes, aux rampes et à tout objet de repérage.

En appliquant ces principes, la vie sera meilleure demain.

 

Merci monsieur Vital Durand pour ces précieuses informations !

 

Pour résumer, aujourd’hui la France compte 1,7 million de personnes mal ou non voyantes et ce chiffre ne pourra qu’augmenter du fait du vieillissement de la population. Nous l’avons vu l’éclairage et le contraste sont clefs pour garantir leur mobilité en toute sécurité. Voici les points clefs à retenir :

– dans la rue : les bords de trottoirs et les obstacles doivent être contrastés

– éviter les éclairages enterrés et les grandes surfaces blanches

– favoriser la lumière blanche

– homogénéiser l’éclairage dans un même espace

– éviter le contraste maximum (noir et blanc)

Vous avez une question ? Besoin d’échanger sur votre projet d’accessibilité ? Nos équipes sont à votre disposition pour vous accompagner, contactez-nous !

 

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